4 novembre 2015

L’agriculture durable et l’Agro-écologie

Quelques définitions avant de commencer…

Écosystème

« Un écosystème est un ensemble vivant formé par un groupement de différentes espèces en interrelations (nutrition, reproduction, prédation…) entre elles et avec leur environnement (minéraux, air, eau) sur une échelle spatiale donnée. L’écosystème regroupe des conditions particulières (physico-chimique, température, pH, humidité…) et permet le maintien de la vie. Et réciproquement, cette vie constitue et maintient l’écosystème. » (CNRS1, 2015)

Agroécosystème

« Un agroécosystème est un produit de la modification de l’écosystème par l’homme et constitue un espace d’interactions entre l’homme, ses savoirs et ses pratiques et la diversité des ressources naturelles. Il est l’unité de base permettant d’étudier les relations entre une communauté humaine, son environnement et les services que les écosystèmes fournissent pour assurer sa subsistance. L’agroécosystème est donc une association dynamique comprenant les cultures, les pâturages, le bétail, d’autres espèces de flore et de faune, l’atmosphère, les sols et l’eau en interaction avec les usages qu’en font les hommes sur la base de leurs systèmes de valeurs et traditions. » (UNESCO2, 2009)

Agriculture durable

« L’agriculture durable est une agriculture permettant de maintenir dans le temps un flux de biens et de services qui puissent satisfaire les besoins alimentaires, socio-économiques et culturels de la population, au sein des limites biophysique qui définissent le fonctionnement correct des systèmes naturels qui les supportent.
Un agroécosystème sera dit durable s’il est économiquement viable, écologiquement adapté et culturellement et socialement acceptable. » (Sarandon3, 2006)

ou

«L’agriculture durable (ou soutenable, en traduction de l’anglais sustainable) est l’application à l’agriculture des principes du développement durable ou soutenable tels que reconnus par la communauté internationale à Rio de Janeiro en juin 1992.

Il s’agit d’un système de production agricole qui vise à assurer une production pérenne de nourriture, de bois et de fibres en respectant les limites écologiques, économiques et sociales qui assurent la maintenance dans le temps de cette production. Il s’agit d’un système qui utilise les technologies à faibles intrants qui améliorent la fertilité des sols, par le maximum de recyclage des ses sous-produits, par la diversification des productions, par le contrôle biologique des maladies. Dans une telle définition, l’assimilation agriculture durable/agro-écologie est totale.

Le terme agriculture soutenable, parfois rencontré, est une meilleure traduction – bien que littérale – du terme anglo-saxon sustainable agriculture, qui a d’abord été traduit par « agriculture durable » voire improprement par « agriculture soutenue » par les francophones.» (FAO4, 2009)

Vous avez dit durable ?

Le développement durable et l’agro-écologie sont des concepts qui ont émergé dans les années 60-80 en réponse aux impacts négatifs (écologiques et sociaux) de la modernisation agricole.

En 1943 au Mexique nait la Révolution Verte. Initiative lancée par le gouvernement, elle a pour objectifs principaux de distribuer des terres aux familles paysannes et d’augmenter les rendements en intensifiant les méthodes de production par le recours aux intrants chimiques, à l’eau d’irrigation et aux variétés améliorées. La révolution verte apparaît alors comme une solution à de nombreux enjeux : combattre la faim et réduire la pauvreté par l’augmentation de la production alimentaire.
Malgré une nette augmentation des rendements dans les pays en développement, la révolution verte a cependant eu pour conséquence l’augmentation rapide de l’urbanisation et de l’industrialisation, accentuant les phénomènes d’exode rural, de malnutrition et d’inégalités sociales dans certains pays. Elle a fortement impacté les écosystèmes en favorisant le développement de systèmes agricoles mécanisés, consommateurs en intrants chimiques et intensifs en énergies fossiles, souvent caractérisés par une simplification maximale des agroécosystèmes.

Le développement de ces systèmes agricoles est en grande partie responsable de l’existence de phénomènes alarmants pour le devenir de notre planète : pertes en biodiversité, épuisement des ressources naturelles, érosion croissante des sols, augmentation de la pollution de l’ensemble des biosphères…

L’agroécologie, une nécessité pour demain

Olivier de Shutter, rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation au Conseil des droits de l’Homme, a présenté un rapport intitulé « Agro-écologie et droit à l’alimentation ». Il y définit l’agro-écologie à la fois comme une science et un ensemble de pratiques.

En tant que science, l’agro-écologie est l’application de la science écologique à l’étude, la conception et la gestion d’agroécosystèmes durables.

En tant qu’ensemble de pratiques agricoles, l’agro-écologie recherche des moyens d’améliorer les systèmes agricoles en imitant les processus naturels, créant ainsi des interactions et synergies biologiques bénéfiques entre les différentes composantes de l’agroécosystème.

Elle permet d’obtenir les conditions les plus favorables pour la croissance des végétaux et de conserver les capacités à produire des écosystèmes, notamment en gérant la matière organique et en augmentant l’activité biotique du sol.

L’agro-écologie est l’une des solutions aux enjeux environnementaux, socio-économiques et culturels qui ont émergés du siècle passé. Après une période d’adaptation, les rendements de l’agro-écologie devraient être équivalents à ceux générés par l’agriculture intensive, mais d’une manière beaucoup plus durable. En effet, Olivier De Schutter démontre devant le Conseil des Droits de l’Homme que l’agro-écologie peut doubler la production alimentaire de régions entières en dix ans, tout en réduisant la pauvreté rurale et en apportant des solutions au changement climatique. Si à l’heure actuelle il est possible de nourrir l’équivalent de 12 milliards d’êtres humains9, l’objectif de nourrir la planète dans un environnement et une société durable est loin d’être accompli.

La vision des Agro’nautes

La notion de durabilité fait donc partie intégrante du projet des Agro’nautes. Toutefois, nous sommes conscients qu’il n’existe pas d’agroécosystèmes durables et d’autres qui ne le sont pas.

Nous considérons la durabilité comme un ensemble d’objectifs à atteindre, qui dépend du contexte de chaque exploitation et de son évolution, et non comme un critère de sélection permettant de différencier les exploitations entre elles. Notre projet se focalisera sur les différentes composantes de l’agroécosystème qui l’amènent vers la durabilité avec, entre autres, les pratiques agro-écologiques.

En tant qu’étudiants en agronomie, nous sommes convaincus que c’est à nous tous, à notre échelle et avec nos moyens, de chercher et de proposer des solutions aux défis de notre temps. L’agro-écologie au service d’une agriculture durable peut, selon nous, représenter la solution au niveau agronomique, socio-économique, environnemental et politique pour assurer un meilleur avenir au plus grand nombre.


 

  1. CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique. Leur site
  2. UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization). Leur site
  3. Santiago Sarandon est un enseignant-chercheur en agroécologie de la Faculté de Sciences Agraires y Forestières de l’Université Nationale de La Plata, Argentine.
  4. FAO : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization of the United Nation). Leur site

%d blogueurs aiment cette page :