Eh oui ! Il y a du café en Amazonie aussi !

Et voilà après la jungle de béton, direction la vraie jungle, en Amazonie. Plus précisément à Apui dans le Sud de l’état d’Amazonas. Premier choc, à Manaus on étouffe! La capitale de l’Amazonie présente un climat chaud et humide mais il n’y a plus de forêt pour y apporter la fraîcheur. Pour se rendre à Apuí, rendez-vous à 5 heures du matin au port, un joyeux mic-mac de bateaux en partance pour toutes les communautés du réseau fluvo-routier, c’est à dire énormément de destinations puisque le bateau est le moyen de transport principale pour les

habitants de l’état d’Amazonas. Pour le voyage il faut embarquer un hamac e pour dormir sur le bateau et de la patience. Le bateau parcourt la rivière Aripuana, au départ de Manaus, en 2 jours. Une fois arrivé à Novo Aripuana il faut encore prendre un bus pour parcourir les pistes de terres pendant 1 journée afin d’enfin arriver à Apuí.

1 ) Un peu d’histoire

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Principale race à viande du Brésil, le Nelore résiste à la chaleur, aux périodes de disettes et à certaines maladies tropicales véhiculées par les insectes

Première surprise, à Apuí il n’y a pas de rivière, j’aurais pu m’en douter après une journée de bus. Deuxième surprise la forêt amazonienne comme on se l’imagine (arbres immenses, canopée à 40 mètres du sol…) est loin d’être à portée de main par ici. En effet à portée de main on a plutôt de jolis bœufs bossus comme on trouve partout dans le reste du Brésil (voir photo ci-contre). En effet la région de Apuí est une région dont l’économie est tournée vers l’élevage bovin (137 000 têtes de bétail dans la municipalité d’Apuí). Cet élevage bovin est principalement un élevage bovin viande destiné à la vente sur place et à l’approvisionnement de Manaus et Porto Velho (chaque jour on voit passer des barges remplies de vaches qui partent aux abattoirs). Historiquement le peuplement de la région d’Apuí date d’une trentaine d’année. A cette époque, le Brésil est en régime de dictature militaire et l’Amazonie est encore une région très peu anthropisée. Les militaires au pouvoir craignent que les pays voisins (Bolivie, Pérou) s’approprient ces territoires vierges. Ils décident alors de commencer à « coloniser » ce territoire. Commence l’immigration de familles des états du Sud du Brésil (Parana, Santa Catarina, Rio Grande do Sul) qui viennent avec leur histoire et leur pratiques culturales. Par la suite des familles des états voisins (Rondonia, Mato Grosso…) émigrent vers Apuí car les terrains sont très bon marché en raison de leur réputée faible fertilité et eux aussi apportent leurs traditions culturales.

Ces nouveaux arrivant ouvrent de nouvelles surfaces pour y placer des cultures de subsistances (lavouras brancas : mandioca, feijao…) et les cultures qu’ils connaissent. Un exemple bien typique est la culture du café conilon (robusta) qui poussent à plus basse altitude et à des températures plus élevées que le café arabica. Ainsi l’activité principale de la municipalité d’Apuí fut en premier lieu le café. De nombreuses familles se consacrent alors à la culture du café, et exportent vers Porto Velho des sacs de café vert. Cependant le sol est bien moins fertile que dans leurs région d’origine, et le café apporte un revenu uniquement une fois par an lors de la récolte. En outre l’appui technique au producteurs est inexistant, la  commercialisation est difficile notamment du point de vue logistique.  Ainsi de nombreux producteurs délaissent peu à peu la culture du café pour des productions génératrices de revenus plus réguliers et plus rapide : c’est ainsi que beaucoup commencent à se consacrer à l’élevage bovin. Et c’est ainsi que l’ouverture de nouvelles aires de forêt native s’accélère, afin d’y placer du bétail en pâturage. Aujourd’hui il existe environ 200 producteurs de café dans la municipalité d’Apuí. Ces 200 producteurs produisaient 4960 sacs de café vert (1 sac fait 60 kilos) par an entre 2008 et 2012, bien en deças du potentiel de production de la région.

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Les aires plus claires sont pour la plupart des zones de pâturage.

2 ) La conservation du territoire, nouvelle priorité. Le projet « Café em Agrofloresta para o Fortalecimento da Economia de Baixo Carbono em Apuí » de l’Idesam.

La réduction de la surface de forêt en Amazonie est un problème connu de tous. La municipalité d’Apuí était quelques années auparavant une des premières déforestatrice de l’état d’Amazonas. Dans ce contexte l’Idesam (Instituto de Conservação e Desenvolvimento do Amazonas) propose des projets au gouvernement fédéral afin de participer à la conservation et au développement de l’état Amazonas. Le gouvernement analyse les propositions de l’Idesam et débloque ensuite des financements. L’Idesam est aussi fortement impliqué dans le recensement rural qu’elle réalise pour l’INCRA (Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrária).

L’INCRA est un institut fédéral fondé en 1970 qui a pour rôle principal de réaliser la réforme agraire du pays, et de recenser les propriétés rurales du pays. Il  a aussi le rôle de promouvoir et réaliser le développement durable des 8000 « asentamentos » du pays. Les « asentamentos » (asentar=installer) sont des ensembles de petites propriétés  indépendantes les unes des autres qui sont installées là où originellement il y avait une propriété rurale qui appartenait à un propriétaire unique. Les parcelles ainsi obtenues sont délivrées à des familles sans conditions économiques pour acheter elles-mêmes leur terrain. Les familles ainsi installées payent ainsi à un prix plus abordable leur parcelle, et s’engagent en échange à vivre sur la parcelle, à l’exploiter de manière durable et à utiliser une main d’oeuvre familiale. (Il existe actuellement 9256 assentamentos qui représentent 88 314 857 ha sur la totalité du territoire brésilien).

Le projet Café Apui vise à favoriser le passage d’un système agricole conventionnel à des systèmes agricoles plus durables. En effet avant l’intervention de l’Idesam les producteurs de café de la région produisaient suivant les mêmes pratiques que celles utilisées dans leurs terres d’origine : système en monoculture, forte utilisation de pesticides pour lutter contre les ravageurs, utilisation d’herbicides pour lutter contre les adventices… Toutefois au delà de la pression sur l’environnement que cela impliquait, cela n’était pas économiquement viable.

En effet on trouve ici un problème courant chez les petits agriculteurs localisés dans des zones reculées : tous les intrants sont très chers du fait de la difficulté logistique pour approvisionner la région. La première raison de la forte acceptation du projet par les producteurs de la région est donc économique.

Par ailleurs les fonctionnaires de l’Idesam ont aussi joué un rôle éducatif auprès des producteurs, leur expliquant que les produits qu’ils appliquent sur leurs parcelles ne sont pas inoffensifs y compris pour ceux qui les appliquent, c’est à dire les producteurs eux-mêmes. La prise de conscience de l’impact sur leur santé de produits phytosanitaires est aussi un facteur qui a favorisé l’acceptation du projet.

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Le projet Café Apui a donc proposé dans un premier temps de mettre en place un système agro-forestier en plantant entre les rangées de café, des arbres d’espèces natives, des légumineuses, des espèces pour la production de bois. Pour ce faire l’Idesam a mis a disposition des producteurs des jeunes plants à planter au sein des parcelles, cela pour permettre une augmentation de la productivité des parcelles grâce à l’ombre qui permet d’augmenter l’humidité globale, et augmenter la biodiversité au sein de la parcelle. L’Idesam propose aussi aux producteurs des modes de lutte biologique contre les ravageurs (notamment la broca du café). L’Idesam propose aussi aux producteurs des techniques afin de réaliser des engrais biologiques.

Un autre aspect du projet est l’amélioration de la qualité du produit final. En effet traditionnellement les producteurs collectaient le café et le stockaient directement dans des sacs. Puis les sacs pouvaient rester jusqu’à 2 semaines entreposés avant d’être vendus. Pendant ce temps dans les sacs se réalisaient une fermentation altérant la qualité des grains de café. Pour pallier à ce problème l’Idesam a fourni le matériel nécessaire à la construction de séchoir solaire

Séchoir solaire
Séchoirs solaires chez chaque producteur

Le café ainsi séché avant d’être entreposé présente une durée de vie beaucoup plus importante et donc une qualité bien supérieure lors de la vente. Le projet Café Apui a donc aussi permis une amélioration de la qualité du café produit par les producteurs. Cette amélioration de la qualité du café a permis aux producteurs de tirer un revenu supérieur de la vente du café. Le projet permet ainsi aux producteurs d’agréger une valeur plus importante a leur produit, et de diversifier leur récolte. Sans compter le fait que grâce au projet la biodiversité de la parcelle est augmentée, et la parcelle n’est pas déforestée.

Enfin le projet intègre aussi la mise en place d’un partenariat avec une entreprise locale de transformation du café vert en café torréfié et près à la vente. Cette entreprise va acheter à un prix bien supérieur le café des producteurs participant au projet en raison de sa qualité supérieure et la garantie que ce café ne présente aucune trace de produits phytosanitaires, ce qui lui permettra de vendre à un prix plus élevé le produit final. Au final le café agro-florestal est disponible dans tous les supermarchés de la municipalité et  dans les grandes villes voisines (Manaus et Porto Velho).

Ferme Identi’terre, France

Salut à toi lecteur ! Moi c’est Félix et je suis étudiant en première année dans le cursus ingénieur SAADS (Systèmes Agronomiques et Agroalimentaires Durables pour le Sud). Je vais vous présenter ici la ferme dans laquelle j’ai fait mon stage de 1ère année. Comme vous l’avez sûrement compris je vais principalement travailler dans les pays du Sud mais avant de me lancer j’avais envie de prendre le temps de découvrir ce qui se fait de bien chez nous. Et évidemment comme le D de ma formation veut dire durable, je ne suis pas tombé n’importe où…

L’exploitation est morte, vive la ferme !

Benoît Biteau s’installe en 2007 en Charente-Maritime dans l’exploitation (le mot est choisi !) de son père basée sur la monoculture de de maïs intensive dans une zone où tout le monde fait de même (maïs, maïs, maïs partout !). Mais Benoît n’est pas venu sans un nouveau projet en tête et une vision complétement différente de l’agriculture. Il abandonne le modèle de son père et lance une transformation complète de l’activité et de la logique agricole en se basant sur un triptyque qui devient son leitmotiv : « Cohérence, Agronomie, Autonomie » (ça c’est important pour la suite !). La ferme Identi’terre est née.

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Acte 1 : L’eau

Avant de devenir paysan Benoît a travaillé comme expert dans un cabinet de conseil spécialisé dans l’irrigation. Ce passage de sa vie lui a bien appris quelque chose : l’importance de la gestion de l’eau en agriculture. De plus cette question est particulièrement importante en Charente-Maritime, terre des fameuses huîtres du bassin d’Oléron où l’eau est source de nombreux conflits entre les conchyliculteurs et les agriculteurs. Les premiers ayant besoin d’arrivées d’eau propre en provenance des terres pour pouvoir continuer leur activité professionnelle et les seconds pompant à tout va dans les nappes et rivières pour irriguer leur maïs et par le biais des ruissellements injectant des intrants chimiques dans l’eau. L’eau arrive donc en plus faible quantité et de moins bonne qualité. Faisant ce constat Benoît prend une décision radicale, ne plus irriguer ses cultures (cohérence !). Et là je vous vois venir : « Comment ?! De l’agriculture sans eau ?! ». Et oui, tout à fait car Benoît prend alors une seconde décision, planter des arbres dans ses parcelles (et oui les Agro’nautes parlent beaucoup d’agroforesterie, il faut croire que ça marche). Les arbres, en plus de nombreux autres services, vont aller pomper l’eau en profondeur et rendre une partie disponible pour les cultures (agronomie !). En plus d’être en cohérence avec le territoire ce choix répond également à une volonté d’autonomie (je ne vais pas le remettre vous avez compris) car il n’est plus dépendant de l’irrigation et du pompage dans la conduite de ses cultures. Ah et oui j’oublie un truc ! Il a bien sûr arrêté d’utiliser toute sorte d’intrant chimique remplaçant les engrais de synthèse par des associations de cultures judicieuses, comme le blé et la féverole. La féverole est une légumineuse elle fixe donc l’azote de l’air et en rend un partie disponible pour le blé, ce qui permet d’atteindre des taux de protéines dans le blé très élevés, par exemple 13,5 cette année (agronomie !) et les pesticides/herbicides par…hum…rien…mais on va reparler tout de suite !

Acte 2 : La biodiversité

Homme aux multiples facettes Benoît a également été directeur adjoint du Parc du Marais Poitevin. Encore une fois il ramène cette expérience dans ses bagages quand il s’installe comme paysan. Restons d’abord dans le thème des cultures végétales pour rester cohérent, n’est-ce pas ? Face aux semences hybrides, il réintroduit des semences populations qu’il reproduit lui-même sur sa ferme (autonomie !). A la monoculture il préfère la polyculture avec des rotations de cultures pouvant aller jusqu’à 12 ans pour ne pas épuiser le sol (agronomie !). Face aux pesticides  il est fier d’accueillir dans ses champs des auxiliaires de cultures comme la coccinelle, le carabe et bien d’autres. Mais non content de transformer la conduite des cultures végétales il réintroduit l’élevage et les prairies (historiques dans la zone) et pour rester…(vous savez ce que je vais dire là non ?)…cohérent il n’amène pas des Prim’Holstein en Charente-Maritime mais des Maraîchines, race locale bovine à très faible effectif. Il n’élève pas des Saanen pour faire du fromage de chèvre mais des Poitevines. On trouve également dans la ferme, des baudets du Poitou et des chevaux de trait poitevin mulassier (race équine locale). Évidemment, les animaux sont nourrit au maïs ensilé (qui est la production agricole majoritaire de la zone)…hum…vous y avez cru ? Comme il dit : « Les herbivores ça mange de l’herbe ! ». Tous les animaux sont donc au régime herbacé en plein champ (en clair ils mangent de l’herbe et se baladent dans des prairies), en plus comme ça nul besoin d’acheter des concentrés et autres nourritures animales (autonomie !). Étonnamment toutes ces races locales et rustiques sont parfaitement adaptées à ce régime (agronomie !). Ces différentes espèces sont associées dans les prairies pour en amplifier la productivité (ce qu’on appelle le pâturage multi-spécifique). En plus de manger de l’herbe ses vaches ont le toupet de se déplacer ! En effet une petite transhumance est organisée chaque année en juin (retour en octobre) vers les zones humides des marais où les vaches trouvent de l’herbe même en été. Et là-bas, elles ne font pas que brouter et ruminer, elles entretiennent et amplifient un écosystème fragile qui a été mis à mal par l’abandon de l’élevage et le drainage de l’eau pour les cultures des maïs. Cette zone appelée La Massonne est classée réserve naturelle régionale ! Les marais sont d’une importance capitale car ils font le lien terre-mer en assurant une transition douce entre la mer et la plaine, (sans eux, inondations à gogo !), leur entretien est donc fondamental (cohérence !).

Acte 3 : Le combat

Benoît est aussi un élu local (vice-président de la Région Poitou-Charentes de 2010 à 2015 et élu de nouveau conseiller régional de la Nouvelle Aquitaine) qui défend aussi bien ses idées sur l’agriculture dans les champs que dans les chambres (comme le Conseil Régional, oui ça aurait été plus clair de mettre assemblée mais c’était « vachement » moins stylé quand même). Et pour ça, il n’est pas seul. Il est épaulé par sa muZe verte, Stephanie Muzard (réalisatrice du film « Sans Terres et Sans Reproches ») qui est sur tous les fronts. Ils défendent l’idée centrale que l’argent public ne doit plus subventionner l’agriculture productiviste et intensive qui ne convient plus à la société civile (et l’argent public, c’est l’argent de la société civile, notre argent quoi). L’agriculture doit être un sujet de société ! Mais ça ne serait pas leur faire honneur que de résumer leur engagement à cette seule idée, tant ils enchainent conférences, débats, projections pour éduquer, convaincre les gens de leur vision d’un avenir meilleur. Et pour convaincre quoi de mieux que montrer ! C’est pourquoi ils reçoivent tous ceux qui veulent bien se donner la peine de venir dans leur ferme et prennent le temps de leur expliquer leur démarche. Une ferme ouverte sur le monde, ça change ! Je ne sais pas vous mais moi il me parait pas mal leur avenir…

Félix TUCHAIS

C’est du bon café, Coopérative Cecafe, Lonya Grande – Pérou

Après l’agriculture urbaine d’altitude de La Paz, nous voilà propulsés au sein de la production de la précieuse fève de café. Grâce à Ninon qui nous a mis en contact avec Alex (coopérative Selva Andina à Jaen) qui nous a mis en contact avec Elmer (coopérative Cécafé (https://www.facebook.com/CECAFE) à Lonya Grande)…nous avons rencontré Oscar Barrientos, producteur de café à Ortiz Arrieta, petit village du district de Lonya Grande. Alors pour vous expliquer un peu à quel point on était dans la campagne profonde du nord du Pérou parlons un peu distances et axes de communication : de Chiclayo, la grosse ville côtière, à Jaen c’est 8 heures de bus. De Jaen à Lonya Grande c’est entre 3 et 4 heures — suivant si vous parcourez la piste en 4 ou 2 roues motrices. Et enfin de Lonya Grande à Ortiz Arrrieta, c’est 45 minutes, et là pas d’option 2 roues motrices : c’est soit en 4*4 soit en moto. Le trajet du café depuis la parcelle de production au port d’exportation, c’est globalement la même chose mais dans l’autre sens.

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Lonya Grande

On arrive donc chez la famille d’Oscar un peu comme un cheveu dans la soupe, ils n’ont jamais vraiment eu de contacts avec des non-péruviens, et on n’est pas extrêmement à l’aise avec l’accueil royal qui nous est réservé. Tout cela est résolu le lendemain quand on se lève pour notre première journée de travail avec Oscar. Une assiette de riz bien garnie surmontée d’un maquereau, quelques rigolades et c’est parti.

Notre première semaine de travail a été consacrée à la construction d’un sécheur solaire (Secador solar) pour Oscar, le premier d’une longue liste mis en place par la coopérative dans le cadre d’un projet de modernisation et optimisation du travail des producteurs. La construction a mobilisé une main d’œuvre assez importante : chaque jour plusieurs promoteurs de la coopérative nous rejoignaient dès le petit déjeuner : Zipolito (l’architecte), Cristian et Guarni présents tous les jours, et puis différents membres de la coopérative qui venaient nous prêter main forte quand ils le pouvaient. A cette main d’œuvre apportée par la coopérative, il faut ajouter les voisins-cousins comme Alex et Arturo qui étaient aussi présents tous les jours.

Traditionnellement, le séchage du café était réalisé à même le sol sur des bâches plastiques noires. Or cette technique présente de nombreux inconvénient : lors d’une averse, le café doit rapidement être mis à l’abri car s’il est mouillé cela altère la qualité du séchage et donc du produit fini. Cela implique donc une présence permanente auprès du café en séchage (souvent assurée par un membre de la famille). De plus le séchage n’est pas optimal car il n’y a pas de courant d’air qui passe entre les grains de café contrairement à l’installation avec le sécheur solaire. La construction de sécheurs solaires est donc un réel investissement pour les producteurs de la coopérative.

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Tri des grains de café

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Séchage traditionnel du café

Finalement le sécheur a été terminé le lundi soir dans la nuit — merci les frontales — juste avant la visite d’une délégation de clients européens : un importateur suisse (Cafema International S.A.) client de longue date de la coopérative, et quelques torréfacteurs suédois (Löfbergs).

Zoom sur la production de café

  1. La récolte.

Après une semaine consacrée au séchoir solaire, nous avons commencé la « cosecha » (récolte du café). Celle-ci commence au mois de Mai et se prolonge jusqu’à la fin du mois d’Aout (le début et la fin de la récolte dépendent de l’altitude et de l’exposition de la parcelle). Durant cette période les travailleurs journaliers (famille, voisins, amis…) aident Oscar à récolter le café. Le café poussant dans des zones escarpées il est impossible de réaliser la récolte de manière mécanisée. Chacun se voit désigner une courbe de niveau de plants de café qu’il aura la charge de récolter : sur chaque plant on récolte tous les cerises mûres et on laisse sur la branche les cerises vertes (comme sur la photo dessous) qui seront récoltées lors de la prochaine récolte, en général deux semaines plus tard.

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La « Cosecha »

Petit à petit le panier se remplit (2 fois plus vite pour les locaux que pour nous mais on fait ce qu’on peut). Une fois plein, on le vide dans un gros sac qui ira ensuite à  la flottaison.

2. La flottaison

Elle sert à séparer les cerises « valables » de celles « non-conformes » pour la vente certifiée. Les cerises non-conformes sont par exemple celles touchées par la « Broca », un ravageur qui mange l’intérieur des grains de café (ce qui les rend plus léger et donc les fait flotter), ou sont celles qui ont connu une sur-maturation, une attaque par d’autres ravageurs, une croissance atrophiée…. Toutes ces cerises vont être séparées lors de l’étape de flottaison, et seront broyées pour être vendu comme café soluble de moins bonne qualité.

3. Le dépulpage

Il est maintenant nécessaire de séparer la graine du fruit — c.a.d le café comme on le connaît — de la pulpe du fruit ainsi que du mucilage. La « despulpadora » (la machine sur la photo en dessous) se charge de dépulper le café. On obtient ainsi des grains de café, sous la forme telle qu’on la connait, qui pourront aller directement au séchage. La pulpe est envoyée dans la zone de compostage, elle sera utilisée comme fertilisant organique lors de la saison suivante.

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Oscar règle la dépulpeuse

4. Le séchage et la vente

En général 3 jours dans le sécheur solaire suffisent à obtenir un grain bien sec. Après ce séchage, le café est prêt pour être livré à la coopérative. Le producteur va livrer les sacs de café à la coopérative Cécafé située à Lonya Grande. Le prix auquel il est payé est défini par la qualité de ses grains (peu de « broca » du café, grains de taille réglementaire…) et par le temps depuis lequel il produit en certification biologique (s’il est encore en conversion du conventionnel vers le biologique il sera un peu moins payé).

Au final, en restant 2 semaines chez Oscar nous avons vu de nombreux aspects d’une culture que nous ne connaissions pas du tout. On a apprit à récolter le café, le trier, le dépulper et le sécher. Vivre avec la famille d’Oscar nous a permis de mieux cerner les difficultés auxquelles peuvent être confrontées les membres de la coopérative Cécafé. Les producteurs de la Cécafé produisent exclusivement en biologique et Fair-trade. Cela leur permet de vendre le quintal de café vert à un tarif bien plus élevé (+30% à peu près) que pour un café conventionnel. La difficulté que rencontre la Cécafé, c’est pour exporter toute la production en certifiée. Généralement elle en exporte la moitié en certifiée, et le reste est exporté en tant que café conventionnel, donc pour un prix beaucoup plus faible. Toutefois cette tendance va en diminuant puisque la Cécafé a de plus en plus de clients fidèles qui importent du café certifié Fair-Trade et Biologique.

En espérant que cet article vous a plu, intéressé, apprit quelque chose… La vidéo arrive bientôt.

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À la rencontre des petits producteurs de café et cacao, récit d’une aventure équatorienne.

A la rencontre des petits producteurs de café et cacao, récit d’une aventure équatorienne.

Alexis Louapre

Prologue

Je vous ai laissé il y a environ deux mois, à la fin de mon étape andine. Depuis, bien des aventures se sont passées. Je vous laisse lire le récit de mon aventure et de mon travail auprès de deux associations de producteurs : l’une de cacao, coco et fruits ; l’autre de café, cacahuètes, manioc et fruits.

« Je rêve d’une multitude de jardiniers, chacun soignant, pansant, animant un fragment de la terre commune, pour son bien-être propre et par conséquent celui de la communauté terrestre. » Pierre Rabhi.

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Chapitre 1 – Le choc thermodynamique

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C’est comme si j’avais atterrît dans un autre pays !  Le quinze mars au soir, je quittai Nicolas à Quito, pour la province d’Esmeraldas, sur la côte ouest. Nicolas, c’est l’agronome d’Ethiquable*, l’entreprise de commerce équitable avec qui je vais effectuer mes deux missions, il s’occupe de tous les produits et producteurs de l’Amérique latine. Je parti donc un peu à l’aventure, avec en seul indice un lieu et un numéro de téléphone (c’est un peu comme la carte aux trésors en fait), celui de Vicente, président de la coopérative de cacao organique (il faudrait peut-être dire biologique car on obtient un chocolat labélisé AB). Arrivé à la gare routière, je me préparais pour les 6h de bus qui m’attendaient, me faisant arriver à cinq heures le lendemain matin à Esmeraldas.

Je ne me souviens pas avoir dormi beaucoup, mais pourtant, quand j’ouvris l’œil, je vis tout le monde descendre du bus, nous étions déjà arrivés ! Non, je n’étais pas de retour au Burkina Faso, comme pouvais l’indiqué la chaleur accablante et l’humidité, et un nombre important de personnes a la peau noire. J’avais juste descendu presque trois mille mètres pour me retrouver en bord de mer, climat tropico-océanique, dans la province d’Esmeraldas, caractérisé par une forte présence d’Afro-latino-américain.

Un bus de plus et un coup de fil, j’atteignis le trésor. Vicente m’emmenai a Tonchigue ou je rencontrai Erika et sa famille, et pu profiter de quelques heures de sommeil. Je fus surpris de retrouver un peu de l’Afrique dans cette région : c’est comme si j’avais atterrît dans un autre pays. Un climat très différent de la Sierra, beaucoup de monde et d’animaux dans les rues, des motos circulant sans casque, des pick-up remplis de gens, oui c’est un peu comme au Burkina ! La différence, c’est qu’ici, il y a l’océan. Tonchigue est une petite ville de pécheurs, ou tout le monde se connait, et délaissée par les touristes préférant les plages et bars à cocktails d’Atacames, sa voisine.

Après avoir programmé ma première partie de mission de dix jours avec Vicente et la coopérative FONMSOEAM (Federación de Organizaciones Negras y Mestizas del Sur Occidente de Esmeraldas Atacames Muisne), j’appréciai mon premier bain dans le Pacifique, accompagné de Tom, le fils d’Ericka. Le lendemain, j’étais arrivé dans ma première communauté : Palma Real, accueillit dans la maison de Marilin et Segundo, producteurs de cacao.

Ces premiers jours avec la chaleur de la côte m’ont fatigué, surement du au choc thermodynamique !

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Chapitre 2 – Unité ou diversité

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Un univers exotique ! Avec Marilin et Segundo, nous sommes allés visiter la plantation. La plantation, c’est un système agroforestier associant le cacaoyer, le cocotier, des agrumes (oranger, citronnier, pamplemoussier, mandarinier…), d’autres arbres fruitiers (zapoté, et autres noms qui m’échappent), bananiers et plantains. Par ci et par là, on rencontre aussi des fruits de la passion (mon pécher gourmand), des plants d’ananas, de canne à sucre, des papayers… Un univers exotique !

La gestion de la plantation se fait totalement à la machette : on coupe les jeunes branches qui gênent, on taille, on enlève les cabosses et les feuilles malades, on dégage le sol autour. Pour Ethiquable, ma mission fut de réaliser des petits films sur la coco afin de présenter le produit au consommateur. Segundo et Marilin récoltèrent les noix de coco, vertes et mures. Avec la verte, appelé « pipa », on boit l’eau ! Il y a au moins soixante-quinze centilitres dans chaque, alors il faut avoir très soif pour terminer sa pipa ! Avec la coco mur, on récupère la pulpe pour cuisiner des soupes ou on extrait le lait pour faire des jus, très rafraichissant !

Les deux jours qui suivirent, je suis retourné dans des plantations, afin de continuer mes films sur le cacao et la coco, et remplir quelques fiches terrain pour notre étude avec Les Agro’nautes. Mes repas se constituaient de riz, bouillon, plantain sous différentes formes, avec viande ou poisson ! Le vendredi, je fis le trajet depuis les pâturages de Segundo jusqu’à la maison à dos de cheval, ce qui fut une drôle d’expérience ! Le soir, je profitai de la moto d’un neveu pour aller faire un tour à la plage de Monpiche, à quarante-cinq minutes. Un bon bain me revigora et je pu admirer le coucher du soleil. Malheureusement c’est à ce moment que mon Lumix décida de ne plus fonctionner, de nouveau !

Dans le paysage, les « fincas » de cacao en système agroforestier s’alternent avec des monocultures de palmier à huile. C’est justement sur le chemin du retour qu’un ingénieur agronome me prit en stop. Il travaille pour la production d’huiles végétales biologique et exporte principalement vers les Etats Unis. Comme quoi ces palmiers à huile ne cachent pas que du mauvais.

Je profitai de l’envoi des échantillons de fèves de cacao pour analyse des métaux lourds depuis Atacames pour faire un tour à la plage et ses bar-discothèques, et me balader un peu. Le lendemain, je me mis à la cuisine : toute la famille apprécia la pizza maison, moi le premier !

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Chapitre 3 : Joyeuses Pâques ?

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Quoi de mieux qu’un cacao « grand cru » pour célébrer Pâques ?!  Le Camion-container, chargé des trois-cent soixante-deux sacs de fèves de cacao était prêt à exporter. J’accompagnai le convoi : direction le port de Guayaquil à neuf heures d´ici. Fabriqué en Italie, le chocolat fera le plaisir de consommateurs défenseurs du commerce équitable et d’un chocolat aux arômes fins et floraux. La mission fut accomplie, mais finalement peu utile pour mes intérêts. De retour, je me préparai à passer la fin de la semaine sainte dans une autre communauté. En Equateur, le vendredi saint est férié, j’espérai tout de même malgré cette période de fête pouvoir travailler un peu avec les producteurs.

Accueilli par Segundo Castillo, précédent président de la coopérative et dont vous pouvez admirer la photo sur l’emballage des tablettes de chocolat Ethiquable (quatre-vingt pour cent de cacao Grand cru Equateur), je découvris une petite communauté, où en cette semaine sainte le passe-temps était les jeux de cartes et le foot à la télévision ! Je dormis dans la maison de Mariana, Robert et leurs enfants. On m’avait conté des moments festifs, des défilés, de la musique, mais ce vendredi saint ne fut rien de tout ça. J’ai pu profiter du congé de Robert, travaillant dans la pisciculture de crevettes, pour visiter la finca, effectuer une interview, et revenir les bras chargés de mystérieux fruits et d’une botte de plantains. Je profitai de mon temps libre pour continuer mes montages vidéo ou discuter avec les producteurs autour d’une Pilsener bien fraiche !

Heureux d’avoir partagé du temps dans cette communauté aux habitants très accueillants, mais déçu de ne pas avoir découvert une vraie fête de Pâques, je quitte Balsalito et conclue ainsi ma première partie de mission pour Ethiquable. Le soir, je pris le cap vers le sud !

Après une nuit de bus, j’arrivai à Manta, la ville au port gigantesques et aux malodorantes usines de thon. Je pu profiter de l’hospitalité de mon couchsurfer et de la wifi pour échanger quelques skype, et de l’après-midi pour un bon bain dans le Pacifique, et un peu de chocolat quatre-vingt pour cent de cacao, d’une tablette qu’Erika m’offrit. Quoi de mieux qu’un cacao « grand cru » pour célébrer Pâques ?!

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Chapitre 4 : Il va me falloir des bottes !

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C’est dans le canton de Pajan que m’attend ma seconde mission, avec ASOPROCAM, Association de producteurs de café et d’arachides bio de Manabí. Après trois heures d’attente (merci l’Afrique de m’avoir appris la patience !), Jimmy arrive enfin. Nous nous rendons vers la communauté, c’est un long et dur trajet qui m’attend. En effet, la saison des pluies et la topographie vallonnée de la région engendre des chemins boueux inaccessibles en voiture durant tout « l’hiver ». C’est donc après quatre heures de marche dans un paysage de forêts, plantations de café et champs de maïs bien pentus et avec mon fidèle sac sur le dos, que j’arrive à la « casa del Jimmy » (Dixit Mahalevona à Madagascar). Je rencontrai ainsi la famille de Jimmy : Marilin sa maman (la seule à cuisiner de tous), son papa Cecilio, le frère Luis, l’oncle Pablo – tous producteurs – sa femme Dolores et les deux fillettes « chiquita » Flore et Veronica. Je rencontrai aussi les chiens, le chat, les poules et les cochons dont s’occupait principalement plantations de café et de plantains derrière la maison. Ils m’installèrent un lit dans le « salon-chambre » ou dormait déjà Luis et Pablo. Quant aux parents, ils dormaient dans la cuisine-salle à manger. Récemment construite, la maison n’avait toujours pas de murs, ni de pièce séparée pour la chambre. En conséquences, Marilin se battaient constamment à chasser les poules et les chiens du lieu de vie !

Jimmy est producteur de café et arachides, vice-président d’ASOPROCAM. Ma mission fut d’assurer avec lui le contrôle interne précédent l’inspection annuelle de l’organisme certificateur. Les productions commercialisées par ASOPROCAM pour Ethiquable, sont certifiées Agriculture Biologique et SPP (symbole petits producteurs). L’association doit ainsi remplir des « fiches producteurs » précisant les surfaces et quantités des produits à certifier, et justifiant la non-utilisation de produits agrochimiques les années antérieures. Cette année, l’objectif était de transporter directement les arachides séchés, décortiqués et triés vers Guayaquil, ainsi que du Manioc épluché, des papayes et des mangues. Le café est quant à lui apporté à une autre coopérative s’occupant du tri et du conditionnement.

Je rencontrai un certain nombre de producteurs, après le premier jour, j’abandonnai vite mes chaussures pleines de boue et gorgée d’eau, lourdes à porter, et continuai pieds nus (Dixit Madagascar). Mais pour sûr, il va me falloir des bottes ! Achat que je fis le week-end suivant ! Après avoir passé la nuit chez un producteur vivant plus prêt de la route, je retournai à la civilisation, indispensable car je devais envoyer mon dossier de candidature pour ma troisième année à Montpellier SupAgro, Institut des Régions Chaudes.

La semaine qui suivit fut consacré à continuer les fiches producteur et organiser la procession des arachides : réalisation d’un Excel visant à répertorier les poids après récolte, après décorticage, après tri…

Le week-end qui suivit fut consacré à l’élaboration d’un gâteau au chocolat et de café. Dans la plantation, on trouve un ou deux cacaoyers, pour la consommation de la famille. N’ayant pas eu l’occasion de le faire à Esmeraldas, je fus content de réaliser la pâte de cacao !

Pour cela, vous aurez besoin :

Environ 500g de fèves de cacao fermentés et séchés (issus de l’Agriculture Biologique)

Une grande poêle et un feu de bois de préférence

Un moulin manuel

1/ Préparer un feu de bois ou un barbecue

2/ Sélectionner les fèves de cacao correctement séchés et de taille identique

3/ Faite torréfier les fèves de cacao à feu vif jusqu’à ce que l’enveloppe des fèves puisse s’enlever facilement. Laisser refroidir une quinzaine de minutes.

4/ Retirer l’enveloppe de chaque fèves et ne pas conserver les fèves brulés.

5/ Mouliner les fèves et récupérer la pâte de cacao.

6/ Malaxer la pâte de cacao avec un ustensile en bois. Former une boule avec la pâte ou l’étaler sur une feuille d’aluminium et laisser sécher.

Vous obtenez un chocolat cent pour cent cacao !!!

En plus de cela, Jimmy torréfia du café en prenant soin également d’enlever la pellicule autour du grain, ce qui permet d’obtenir un café non brulé sans aucune cendre. Le café dans cette région, est doux car cultivé en basse altitude (quatre-vingt à cent-vingt mètres). Ça change du Nescafé, un éveil des sens !

Le gâteau au chocolat fut apprécié de tous, accompagné pour certain d’un ti-punch élaboré avec l’alcool artisanale de canne à sucre. La dernière semaine, après une journée pluvieuse et une autre cloué au lit par la grippe, je terminai mon séjour chez Jimmy par la première récolte des arachides de la saison, sur le terrain de Pablo.

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Chapitre 5 : Vers un éveil des consciences

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La tourte de maïs la plus grande du monde !  Chez Marilin et Cecilio, la production est largement présente dans l’alimentation : choclo (première récolte du maïs, très doux), plantains et bananes vertes (guinéo), les arachides en pâte (Dixit Burkina Faso) ou fraiche en bouillie, le manioc. On consomme également de nombreux fruits exotiques (papaye, ananas, fruits de la passion…) et agrumes (citron, oranges, mandarines, pamplemousses), du gingembre… Ils se rendent toutes les deux semaines à la ville pour se fournir en riz, sucre, huile…

Dans la province de Manabí, l’agriculture vivrière est fortement présente, les productions sont destinées au marché national : riz, maïs (principalement pour l’alimentation animale), arachides. La région produit énormément de maïs, conventionnel bien entendu. Tellement de maïs qu’on peut apercevoir un épi géant posté à l’entrée de la ville, et les affiches d’un évènement des plus réputée : la tourte de mais la plus grande du monde !

On trouve également une forte présence du café et du cacao et une production particulière : le Roucou ou Achiote. Cet arbre produit des fruits remplies de petites graines colorés. La cire entourant les graines, riches en caroténoïdes, est utilisée pour des colorants alimentaires (E160b qui donne la couleur orange au cheddar et aux huiles pimentés par exemple) et comme teintures ou encore utilisés traditionnellement comme crème solaire et crème anti-moustique naturelles ! Egalement, toutes les familles récoltent les feuilles d’un palmier qu’ils font séchés (Paja Toquilla). C’est avec cette paille que sont fabriqué les chapeaux et chaussures traditionnelles péruviennes.

La majorité des systèmes agroforestiers de café et les plantations de plantains et roucous sont cultivés de façon naturelle, sans intrants chimiques. Les cultures aux cycles courts cependant (riz, maïs, arachides), sont cultivées majoritairement avec utilisation de désherbants, que ça soit pour la consommation ou pour le circuit conventionnel. La proposition d’Ethiquable pour l’achat d’arachides organiques a lancé la culture biologique dans les communautés d’ASOPROCAM. L´avantage est clair : les rendements en biologique et conventionnel sont les mêmes, et malgré un cout supplémentaire du au désherbage manuel (à la machette), quelques producteurs ont été intéressés cette année par la production bio. Le prix est deux fois supérieur que celui payé par un intermédiaire. L’avantage écologique s’ajoute à celui économique. Bien que peu perçu par les agriculteurs, la préservation des ressources naturelles telles que le sol et l’eau est permise par la culture biologique.

Après mes premiers entretiens avec les agriculteurs, une question me vint à l’esprit : que pense la population de la culture bio, et en particulier les jeunes ? L’âge moyen des producteurs d’ASOPROCAM est de cinquante-cinq ans ! Pourquoi ça n’était pas les jeunes qui allait travailler à la machette au lieu d’asperger de pesticides leurs terres ? Où est passé la jeunesse forte de renouveau et diffusant les valeurs d’une agriculture écologique ? Ces jeunes, n’allant pas étudier, suivent en fait bêtement le système ancré dans la région, et n’ont pas conscience qu’il puisse exister un autre type d’agriculture. ASOPROCAM tiens alors entre ses mains un grand défi : celui d’éveiller les consciences. Ça n’est pas seulement une question d’utilisation ou non de produits chimiques, mais un éveil des consciences : comprendre qu’ils ne sont pas des machines à produire, mais des êtres humains, qui respectent la terre et l’homme. Même si cela doit demander plus de travail, ces producteurs méritent un prix rémunérateur pour un produit de qualité et une culture respectant les ressources naturelles. Et c’est tout à leur portée. Je souhaite bon courage à Jimmy pour relever ce beau défi !

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Chapitre 6 : Le choc sismique (et choc thermodynamique bis)

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Je cru faire un malaise ! Après un travail éprouvant, je m’en allai avec Jimmy vers Pajan, afin d’envoyer les documents nécessaires pour l’inspection de l’organisme certificateur. Un autre coup de malchance me tomba dessus : mon ordinateur portable avait rendu l’âme…

Avant de repartir pour ma deuxième partie de mission, je pris le temps de faire un peu de tourisme. Retour dans la Sierra : après une courte nuit à Guayaquil, j’arrivai à Cuenca. Troisième ville de l’Equateur, au centre historique réputée et à la vie nocturne agitée. Je fus accueilli par Patricio, un couchsurfer, qui par tout hasard était producteur de cacao ! En échange de son hospitalité, je lui propose de préparer un gâteau au chocolat avec son cacao.

Cuenca est une ville typique, parsemée de petites maisonnettes colorées. J’y découvris sa cathédrale imposante, ses places ou se partagent musiciens de rue, vendeurs de glaces, touristes et locaux, le parc botanique et archéologique ou l’on peut admirer les perroquets et condors (en cage). La grosse averse gâcha quelque peu la fin d’après-midi, et c’est les vêtements trempés et les bras chargés de courses que je retournai chez Patricio.

Certes, j’étais fatigué de tous ces trajets, de ma journée, mais pas jusqu’à m’évanouir. Alors que je préparai ce délicieux gâteau au chocolat, j’ai cru faire un malaise. Je tanguai un peu comme dans un bateau (Dixit Melissa Express). La famille se précipita dehors et m’invitait à venir voir : c’était en fait le sol qui bougeait, du a un séisme.

Sur le coup, je n’ai pas réalisé qu’un tremblement de terre venait de se produire sur la côte équatorienne. Ayant eu vent des premiers dégâts causés par le séisme a la télévision, nous passions tout de même à table et au menu, ce fut Lasagnes, je ne pouvais rien rêvé de mieux ! L’évènement perturba tout de même la ville : alors que je cherchai un lieu ou boire une bière et jouer au baby-foot, la police passait dans chaque bar et restaurent pour annoncer l’état d’urgence du pays et la fermeture des lieux.

Après ce choc sismique qui n’était pas fini, j’allai vivre un second choc, thermique cette fois-ci. Quittant Cuenca au petit matin, je me rendis vers Riobamba, sur les traces du mythique Chimborazo ! Le sommet le plus haut de toute la cordillère des Andes, culminant à six mille trois cent mètres, est le point sur Terre le plus éloigné du centre de la planète. Arrivant vers les quatre mille mètres, le froid était glacial. Les refuges les plus hauts furent fermés ce soir-là, à cause de l’état d’urgence. Je me rendis donc un peu plus bas, dans une petite communauté. Je rencontrai Tamia, Eduard, Laure et Oscar, quatre catalans de Barcelone ! Après une petite balade entre les vigognes et lamas, Nous passâmes la soirée à discuter autour d’un chocolat chaud et d’alcool de canne à sucre pour se réchauffer. Le lendemain, nous nous rendîmes à l’entrée du parc et commençâmes la marche vers le refuge. L’ascension fut difficile, mais plutôt rapide grâce au GPS d’Eduard qui nous mena au refuge a contre chemin et à travers les nuages. Quatre mille huit cent mètres, nous étions arrivés au premier refuge. Devant rejoindre Quito l’après-midi, je n’eus pas le temps ni la force d’aller au second refuge, à cinq mille cent mètres, altitude maximum qu’il est possible d’atteindre sans guide. C’est alors que je m’apprêtais à redescendre, les nuages commencèrent à partir et je pus apercevoir le sommet enneigé du mont. Merci à Edu pour les photos !

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Chapitre 7 : Enquête exclusive

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#UrgenceSéismeEquateur. Ça n’est que le lundi que je me rendis compte du désastre causé par le séisme, et du nombre important de victimes. Pedernales, ville côtière de pécheur, fut détruite à quatre-vingt-dix pour cent, et Manta gravement touché. Le secteur ou je devais retourner terminer ma mission avec FONMSOEAM devait être atteint également. Je me préparais alors à abandonner mon enquête sur le cacao et la coco pour aider Vicente et FONMSOEAM à évaluer les dégâts dans les communautés.

Après une nouvelle nuit dans le bus, j’arrivai à Tonchigue de nouveau. Nous échangeâmes nos impressions concernant le séisme avec la famille d’Erika puis je me rendis a FONMSOEAM. Le centre de récolte avait subi le tremblement de terre : fissures aux murs, caisses de fermentation gravement abimés, partie du toit effondré. Mais mon travail fut dans les communautés afin de rapporter à Vicente les dégâts. Pendant quatre jours, j’ai visités plus de cent cinquante familles, pris en photos beaucoup de maison, du « un peu déséquilibré », au « complètement détruite » avec beaucoup d’entre deux bien sûr. Ce travail fut éprouvant et difficile de voir tant de familles habitant hors de leur maison. Le plus dur fut mon retour à Balsalito. Le vendredi soir, j’arrivai sur place, j’expliquai à Secundo ma mission, puis me rendis à la maison de Mariana et Robert. Plus rien. A par le petit magasin, et une chambre, tout s’était écroulé. Le lieu où j’eus dormi n’était plus que poussière, tout ayant été nettoyé durant la semaine. En effet, les habitants des communautés ne chômaient pas, seulement quelques jours après l’évènement, je ne pus parfois rien observer des débris, seulement les traces d’une ancienne maison, et juste à côté les fondations d’une nouvelle.

Aussitôt, je me mis à aider Mariana à déplacer les produits de la « tienda » dans la maison d’à côté qui avait mieux résister. De retourna Tonchigue, je devais trier les photos et rentrer chaque nom dans un classeur Excel. Le dimanche, je pris le temps de cuisiner des crêpes pour la famille, ce qui fut un vrai régal !

Le jour suivant, j’envoyai les premières photos à Nicolas, et Sylvain travaillent à Quito pour AVSF* (Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières). A partir de mes observations, nous rédigeâmes un mail avec Vicente pour exprimer les dégâts subit dans les communautés de producteur de cacao, et lancer un appel de solidarité. Le soir même, AVSF publia une campagne de dons* pour aider les producteurs de FONMSOEAM à reconstruire leur maison. Depuis, grâce à la participation d’Equitable et à la générosité des français, quinze mille dollars ont été récoltés, et la campagne continue encore.

Je terminai mes visites des dernières communautés puis me rendit à de Muisne. Quelques producteurs avaient décidé de venir vivre en ville pour l’éducation des enfants, dans des maisons qui n’avaient malheureusement pas résistées au tremblement de terre. Ces familles vivaient alors dans des campements mis en place par les autorités, dans des conditions difficiles. Voici le témoignage de, producteur de cacao ayant perdu sa maison.

« Mon nom est Simon Castillo, je suis l’un des plus touchés par le séisme, ici dans la province d’Esmeraldas. Ma maison était située à Muisne, et mes terres se trouvent dans la communauté d’Agua Clara.

Je passe beaucoup de temps dans mes plantations, et aussi dans la ville où je vis avec ma famille. Nous sommes venus vivre ici pour l’éducation de nos enfants, et nous sommes plusieurs familles de la communauté d’Aguaclara ici, touchées par le tremblement de terre du samedi 16 Avril.

Ma maison a été complètement détruite, effondrée, la mienne et beaucoup d’autres, et nous vivions pratiquement dans la rue sans nulle part où dormir. Maintenant nous sommes dans ce campement, mais les conditions sont difficiles, surtout pour les enfants. Nous sommes exposés à de nombreuses maladies : la pluie est l’un des premiers facteurs […]. Si nous continuons à dormir sur ce site, sans beaucoup d’aides extérieures, il y aura des malades, en particulier chez les enfants. Nous espérons que les maladies graves ne vont pas se multiplier, car il y a le paludisme et la dengue, transmis par les moustiques. En saison des pluies, ces virus peuvent se développer dans cette zone où nous sommes.

Les tentes ne sont pas appropriées pour l’hiver car l’eau pénètre quand il pleut. Nous nous sommes souvent réveillé humides et n’avons pas suffisamment de vêtements pour se changer. Il y a également des problèmes dans la coordination de la distribution des aliments. »

Une fois les témoignages et noms recueillis, je fus visiter ce qu’il restait des maisons. Dans le vieux Muisne, beaucoup de maison n’ont pas résisté mais se trouvaient étonnamment en zone inondable et construites sur pilotis dans un sol sableux.

Lors de mon dernier jour à Tonchigue, je profitai d’une réunion avec mes producteurs de FONSOEAM, pour effectuer un bilan de mon travail, et leur exprimer mon soutien. L’aide devrait arriver bientôt, pour permettre à ces familles de retrouver des conditions l’hébergement décentes. Ethiquable quant à eux, vont tacher de lever des fonds pour envisager la reconstruction de centre de collecte qui risque de s’effondrer si rien est fait.

Cette étape fut difficile, physiquement comme moralement. Tôt le samedi, je quittai Erika et sa famille pour terminer mon aventure équatorienne là où je l’avais commencée.

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Chap 8 : Quito, la fin de l’aventure

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Une immensité urbaine coincée dans la cordillère. Je retrouvai Jonathan à Quito, j’allai passer le weekend end à St Pablito, où j’avais effectué mon premier volontariat avec COAGRO. J’étais content de retrouver tout le monde, dont la famille qui m’avait accueilli un mois. Nous nous rendîmes à Otavalo le samedi soir, et The Red Pub nous régala de ses bières artisanales et mojitos ! Le lendemain fut l’occasion de cuisiner un cake aux bananes. Je restais finalement jusqu’au mardi matin car je fus invité à diner chez Fernando pour l’accueil de Michaela et Paula, deux volontaires canadiennes. Je parti donc pour Quito le mardi, après les derniers adieux sauf pour Jonathan que je retrouverai le jeudi sur Quito.

Quito fut l’occasion de clôturer ma mission avec Ethiquable et de retrouver internet pour donner des nouvelles et faire mon travail pour les Agro’nautes. Je fis le bilan avec Nicolas, qui fut content de mon travail. Il me laissait un pot de confiture de physalis (amour en cage) et deux tablettes de chocolat ! En plus du travail au bureau, j’en profitai pour découvrir Quito. Je fis un tour en ville, au quartier La Mariscal le premier soir et m’introduisais dans un Irish Pub. Quoi de mieux qu’un baby-foot pour faire des rencontres ? Je fus également en hauteur grâce au téléphérique au pied du volcan Pichincha, avec une vue imprenable sur une partie de la ville. Quito vu d’en haut est une immensité urbaine, quarante kilomètre de long du Nord au Sud, coincée dans la cordillère. Je me rendis dans la vieille ville ainsi qu’au parc botanique où j’ai pu observer de belles orchidées, puis je retrouvais Jonathan pour une virée dans un quartier sympa, dans les pentes à l’Est de Quito.

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Epilogue

Ainsi se terminai mon aventure équatorienne, quittant la cordillère pour rejoindre les États-Unis. Durant ces deux missions, j’ai pu découvrir une zone où l’agriculture est fortement présente, caractérisée par des produits « exotiques » majoritairement destinés à l’exportation, mais également au marchés locaux et à la consommation. Ainsi, j’ai pu comprendre, ou du moins en partie, le contexte et les caractéristiques du commerce équitable. Tout ceci est bien sur très complexe, mais une chose est sûre, si vous voulez continuer à boire du jus multi fruits, du café et manger du chocolat, des cacahuètes, de la noix de coco etc., il va falloir continuer à en produire, et le commerce équitable et l’agriculture biologique permettent de répondre, en partie, aux problèmes écologiques et socio-économiques auxquels fait face le monde agricole. Affaire à suivre dans un prochain article.

Me voilà maintenant rendu en Californie, presque dans le désert, à deux pas de la Sierra Nevada, où d’autres aventures m’attendent. Une chose est sûre, les Etats-Unis ont du progrès à faire en terme d’agriculture durable, mais chaque initiative est un grand pas vers l’agriculture de DEMAIN.

« C’est dans les utopies d’aujourd’hui que se trouvent les solutions de demain. » Pierre Rabhi.

*Références

Pierre Rabhi, recueil de citations. La puissance de la modération. Ed. Fragments.

AVSF est une association à but non lucratif française de soutien à l’agriculture paysanne. En savoir plus

#UrgenceSéismeEquateur. Faire un don (suivre les instructions sur le d’AVSF, appel à soutiens)

Ethiquable est une entreprise coopérative. Depuis 13 ans, ils agissent en faveur d’un commerce équitable exigeant et soutenant l’agriculture paysanne avec 49 coopératives de petits producteurs partenaires. En savoir plus