Bem vindo em São Paulo, la jungle urbaine de béton et de forêt native.

Eh bien voila, après la Colombie direction São Paulo Métropole. Le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai subi un léger changement d’ambiance. La région métropolitaine de São Paulo est peuplée de 20 millions d’habitants, ce qui en fait la troisième plus grande aire urbaine au monde. Le gigantisme de « Sampa » m’impressionnera toujours. Ses artères à 6 ou 7 voies sont bouchées en permanence, ses métros bondés. En somme c’est une capitale (capitale économique j’entends, la capitale administrative est Brasilia) comme on les aime, pleine de vie et de diversité, dont l’activité jamais ne s’arrête. Ici on retrouve de toutes les vagues d’immigration qui font le Brésil d’aujourd’hui. Des descendants d’allemands, d’ukrainiens, d’italiens, de japonais, d’africains, de portugais, en somme impossible de tous les citer j’en rencontre de nouveaux tous les jours. On obtient donc une ville des plus hétéroclite, à la fois fascinante et effrayante.

Le problème de São Paulo c’est son urbanisation incontrôlée. En effet étant le cœur économique du pays de 200 millions d’habitants, elle suscite une attraction indéniable pour tous les habitants des autres états à la recherche de travail. Des habitations se construisent de toutes part, de manière plus ou moins autorisées. A São Paulo comme dans toutes les grandes villes du Brésil, les inégalités de répartition des richesses sont criantes. Les populations aisées vivent dans certains quartiers, dans des immeubles ou résidences archi-sécurisées. Le reste de la populations à plus faible revenus vivent dans des quartiers plus en périphérie (Zona Sul, Zona Leste…). Pour ma part je vis à Campo Limpo dans la Zona Sul. J’accompagne le travail de la CAE (Casa de Agricultura Ecologica) de São Paulo, qui est située dans les locaux de la sous-préfecture de Parelheiros (dernier district au Sud de la municipalité de São Paulo, le point rouge sur la carte représente la sous-préfecture).

Tous les jours, je prends un métro, un train, je débarque à Grajau un des plus grands quartier populaire de São Paulo (Criolo « Esquiva Da Esgrima » un artiste très populaire à São Paulo qui revient encore régulièrement pour des concerts à Grajau son quartier natal)  et j’embarque dans un bus pour me rendre à la sous-préfecture de Parelheiros, qui est à la limite sud de l’aire urbaine de São Paulo. Par chance il se trouve que je prends les transports dans le sens contraire du flux, la plupart des gens partent des zones de peuplement au Sud pour aller travailler dans les zones d’affaire au centre et au Nord. Tous les jours je quitte donc la grisaille et l’austérité bétonnée pour me rendre au Sud, là où la forêt native a encore gardé un peu ses droits.

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Carte de la Municipalité de São Paulo. Les couleurs chaudes représentent des zones urbanisées, les zones vertes représentent des zones rurales et/ou de forêt native. (source http://geosampa.prefeitura.sp.gov.br/PaginasPublicas/_SBC.aspx )

Je participe donc au travail de la CAE, j’accompagne tous les jours les agronomes Aline, Cristiano et Jair lors de leurs visites aux producteurs de la région. Lors de ces visites les agronomes prêtent une assistance technique aux producteurs. En effet la grande majorité des producteurs de la région sont des petits producteurs qui comptent sur la CAE pour une assistance technique qui leur est indispensable. Cette assistance technique peut se présenter sous la forme de prêt de matériel (tracteur…), mais aussi sous la forme de diagnostique agronomique des parcelles (analyse de la situation pour voir quelle serait la meilleur culture à réaliser sur la parcelle…). En outre la CAE a pour mission de promouvoir le passage d’un mode de culture conventionnel à un mode de culture biologique (organico). En effet cette région de São Paulo représente une zone de réserve en eau douce pour le bassin de peuplement. Le réseau hydrographique y est très important : sources, cours d’eau, lacs… Malheureusement l’agriculture conventionnelle jusqu’alors pratiquée a provoqué de nombreux cas de pollutions des eaux de surfaces et souterraines.

Dans la pratique, nous visitons chaque jour une propriété différente. Le premier jour nous avons visité la propriété de Edinho (14,6 ha), un producteur de légumes, salades, maïs… L’enjeu pour ce producteur est de le convertir à un mode de culture plus raisonné, en réduisant, voire en supprimant, l’usage des produits phytosanitaires d’origine chimique.

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Le deuxième jour nous avons visité les propriétés des deux femmes voisines l’une de l’autre. Ne produisant actuellement rien sur leur propriétés elles souhaitaient un diagnostique sur les possibilités de production. L’autre raison pour laquelle nous avons étés appelés est pour un problème d’invasion.

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En jaune les surfaces effectivement utilisées par ces 2 voisines, en rouge les surfaces envahies, qui font partie de leurs propriétés.

Les problèmes d’invasion sont monnaie courante dans la région Sud de São Paulo, en effet la région est encore considérée comme rurale et présente de nombreux espaces propices à une urbanisation sauvage. De nombreux propriétaires voient donc leurs propriétés illégalement déforestées. Généralement les « envahisseurs » sont soit des personnes souhaitant s’installer et y construire leur habitat, soit des promoteurs immobiliers illégaux qui proposent ensuite à la vente les portions de terrains qu’ils envahissent. Dans la pratique, pour ces 2 voisines cela s’est résumé à tomber par hasard à l’épicerie du coin sur une annonce de vente de lots de terrains à construire, lots étant situés légalement sur leur propriété. Ces 2 voisines avaient remarqué l’invasion bien avant mais ne peuvent pas vraiment faire grand-chose car les promoteurs illégaux peuvent se montrer très menaçant et sont bien souvent officieusement appuyés dans leurs actions par des responsables politiques locaux. Dans la pratique ces propriétaires peuvent généralement dire au revoir à ces portions de terrain envahis. J’ai été un peu surpris par cela, mais d’après les fonctionnaires de la CAE cela est très courant, et la situation se tourne très souvent en faveur des promoteurs illégaux. En voyant cela, je me demande si un jour le monstre urbain cessera de dévorer le peu de nature qu’il reste.

La fin de la semaine de la CAE a été très activement focalisée sur la Première Conférence Municipale de Développement Rural Durable (Primeira Conferencia Municipal de Desenvolvimento Rural Sustentavel). Cette conférence organisée par la préfecture de São Paulo avait pour but de réunir tous les acteurs de l’agriculture et du développement durable de la municipalité de São Paulo, afin d’en tirer une liste de propositions de directives pour proposer de nouvelles lois pour la conservation de l’environnement dans la municipalité de São Paulo, et pour la promotion d’initiatives durables dans la municipalité.

Dans l’état de São Paulo il existe déjà une loi qui favorise les agriculteurs bio : toutes les municipalités ont pour obligation de proposer 30% de produits issus de l’agriculture familiale dans les cantines scolaires (Lei 16.140). Cela offre un argument de poids aux agronomes de la CAE lorsqu’ils vont rendre visite aux agriculteurs pour les convaincre de passer au mode de production bio : malgré un prix de vente élevé, les producteurs trouveront toujours preneurs pour leurs produits bios. En effet ce qui refroidit le plus les agriculteurs en ce qui concerne le passage à l’agriculture bio est le prix élevé de leurs produits à la vente. Des marchés hebdomadaires uniquement bios existent aussi au sein de la municipalité, ce qui permet aux producteurs d’être en concurrence directe uniquement avec des produits bios, donc du même ordre de prix. La demande pour ce genre de produits différenciés est grandissante au sein de la municipalité. Ainsi de plus en plus d’agriculteurs passent au mode de production biologique, grâce aux différentes initiatives mises en place. En outre le renouvellement des générations qui donnent accès à la terre aux enfants apporte une vision nouvelle, avec une connaissance des systèmes de culture alternatifs au système conventionnel et plus consciente de l’importance du respect de la terre.

La seconde semaine les visites ont étés nombreuses. Les visites peuvent être réalisées pour réaliser des prélèvements de sols, pour mieux adapter la fertilisation verte des sols. Mais ce que j’ai retenu de ces visites, c’est surtout la volonté permanente des fonctionnaires de la CAE de promouvoir le passage à un mode de production plus raisonné voire bio.

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Prélèvement d’échantillon de sol

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Prélèvement d’échantillon de sol dans la perspective d’une fertilisation du sol

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Un exemple typique est la visite chez le « senhor João », un des plus gros producteur de plantes ornementales de la région. Le senhor João est proche de la retraite et sa fille souhaite reprendre l’exploitation, et pourquoi pas produire en bio. Aline, Cristiano et Daniel s’attache donc à les choyer pour favoriser le passage de cette grande exploitation au mode de production bio. Nous avons visité plusieurs exploitations « références» de la région produisant en bio. Les visites permettent de rencontrer les producteurs directement, et bien souvent c’est ce moment qui est décisif : le producteur bio explique qu’il n’a aucune difficultés à écouler sa production même à un prix plus élevé, il explique les alternatives pour lutter contre les ravageurs, pour obtenir de bons rendements sans utiliser d’engrais azotés…

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Le senhor João et sa fille (à droite) en visite chez un producteur produisant déjà en bio.

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Actuellement le Senhor João produit du gingembre…

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… et des plantes ornementales

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Un autre exemple bien typique de ce renouvellement de génération est le retour d’Edson à sa terre natale. J’ai rencontré Edson lors de la Première Conférence Municipale de Développement Rural Durable. Il a fait le cursus « gestão ambiental » à l’université dans l’intérieur de l’état de Sao Paulo, il a vécu en républica comme moi lors de mon échange universitaire à Piracicaba. On échange anecdotes, bonnes histoires et nos visions respectives sur la situation de l’agriculture à São Paulo. Il est fils de producteur d’ornementales dans la région de Parelheiros. Pour lui permettre de s’installer son père lui a donné un petit terrain un peu laissé à l’abandon. Il sort tout juste d’école, donc les idées de projets fusent, mais ce qu’il y a de certain c’est qu’il souhaite produire en respectant sa terre, et souhaite construire lui-même sa maison au milieu de son terrain en utilisant les principes de bio-construction. Ce genre d’initiatives montrent la volonté des nouvelles générations de produire plus respectueusement et consciemment.

En espérant que cet article vous aura plu et aura su éveiller votre curiosité sur les problèmes soulevés dans l’article.

Merci de nous suivre et de nous soutenir.

 

2 réflexions au sujet de « Bem vindo em São Paulo, la jungle urbaine de béton et de forêt native. »

  • Très intéressant de découvrir que ce type d’initiative existe, avec une organisation originale pour la promotion de ce type d’agricultures. Tes commentaires sur l’organisation sociale sont très intéressants. Il est effectivement difficile à comprendre ces situations sans des informations sur le contexte sociologique. Nous avons souvent la tendance à extrapoler nos connaissances des situations européennes. Quand tu as mentionné « invasion », j’ai pensé à une invasion de parasites (bioagresseurs), mais l’invasion que tu décrits il est plus difficile à traiter, pour le moment nous n’avons pas de pesticides adaptés à ce type de « bioagresseurs ».
    Bravo pour ces chroniques, très dépaysantes et intéressantes.

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