C’est du bon café, Coopérative Cecafe, Lonya Grande – Pérou

Après l’agriculture urbaine d’altitude de La Paz, nous voilà propulsés au sein de la production de la précieuse fève de café. Grâce à Ninon qui nous a mis en contact avec Alex (coopérative Selva Andina à Jaen) qui nous a mis en contact avec Elmer (coopérative Cécafé (https://www.facebook.com/CECAFE) à Lonya Grande)…nous avons rencontré Oscar Barrientos, producteur de café à Ortiz Arrieta, petit village du district de Lonya Grande. Alors pour vous expliquer un peu à quel point on était dans la campagne profonde du nord du Pérou parlons un peu distances et axes de communication : de Chiclayo, la grosse ville côtière, à Jaen c’est 8 heures de bus. De Jaen à Lonya Grande c’est entre 3 et 4 heures — suivant si vous parcourez la piste en 4 ou 2 roues motrices. Et enfin de Lonya Grande à Ortiz Arrrieta, c’est 45 minutes, et là pas d’option 2 roues motrices : c’est soit en 4*4 soit en moto. Le trajet du café depuis la parcelle de production au port d’exportation, c’est globalement la même chose mais dans l’autre sens.

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Lonya Grande

On arrive donc chez la famille d’Oscar un peu comme un cheveu dans la soupe, ils n’ont jamais vraiment eu de contacts avec des non-péruviens, et on n’est pas extrêmement à l’aise avec l’accueil royal qui nous est réservé. Tout cela est résolu le lendemain quand on se lève pour notre première journée de travail avec Oscar. Une assiette de riz bien garnie surmontée d’un maquereau, quelques rigolades et c’est parti.

Notre première semaine de travail a été consacrée à la construction d’un sécheur solaire (Secador solar) pour Oscar, le premier d’une longue liste mis en place par la coopérative dans le cadre d’un projet de modernisation et optimisation du travail des producteurs. La construction a mobilisé une main d’œuvre assez importante : chaque jour plusieurs promoteurs de la coopérative nous rejoignaient dès le petit déjeuner : Zipolito (l’architecte), Cristian et Guarni présents tous les jours, et puis différents membres de la coopérative qui venaient nous prêter main forte quand ils le pouvaient. A cette main d’œuvre apportée par la coopérative, il faut ajouter les voisins-cousins comme Alex et Arturo qui étaient aussi présents tous les jours.

Traditionnellement, le séchage du café était réalisé à même le sol sur des bâches plastiques noires. Or cette technique présente de nombreux inconvénient : lors d’une averse, le café doit rapidement être mis à l’abri car s’il est mouillé cela altère la qualité du séchage et donc du produit fini. Cela implique donc une présence permanente auprès du café en séchage (souvent assurée par un membre de la famille). De plus le séchage n’est pas optimal car il n’y a pas de courant d’air qui passe entre les grains de café contrairement à l’installation avec le sécheur solaire. La construction de sécheurs solaires est donc un réel investissement pour les producteurs de la coopérative.

tri des grains de café

Tri des grains de café

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Séchage traditionnel du café

Finalement le sécheur a été terminé le lundi soir dans la nuit — merci les frontales — juste avant la visite d’une délégation de clients européens : un importateur suisse (Cafema International S.A.) client de longue date de la coopérative, et quelques torréfacteurs suédois (Löfbergs).

Zoom sur la production de café

  1. La récolte.

Après une semaine consacrée au séchoir solaire, nous avons commencé la « cosecha » (récolte du café). Celle-ci commence au mois de Mai et se prolonge jusqu’à la fin du mois d’Aout (le début et la fin de la récolte dépendent de l’altitude et de l’exposition de la parcelle). Durant cette période les travailleurs journaliers (famille, voisins, amis…) aident Oscar à récolter le café. Le café poussant dans des zones escarpées il est impossible de réaliser la récolte de manière mécanisée. Chacun se voit désigner une courbe de niveau de plants de café qu’il aura la charge de récolter : sur chaque plant on récolte tous les cerises mûres et on laisse sur la branche les cerises vertes (comme sur la photo dessous) qui seront récoltées lors de la prochaine récolte, en général deux semaines plus tard.

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La « Cosecha »

Petit à petit le panier se remplit (2 fois plus vite pour les locaux que pour nous mais on fait ce qu’on peut). Une fois plein, on le vide dans un gros sac qui ira ensuite à la flottaison.

2. La flottaison

Elle sert à séparer les cerises « valables » de celles « non-conformes » pour la vente certifiée. Les cerises non-conformes sont par exemple celles touchées par la « Broca », un ravageur qui mange l’intérieur des grains de café (ce qui les rend plus léger et donc les fait flotter), ou sont celles qui ont connu une sur-maturation, une attaque par d’autres ravageurs, une croissance atrophiée…. Toutes ces cerises vont être séparées lors de l’étape de flottaison, et seront broyées pour être vendu comme café soluble de moins bonne qualité.

3. Le dépulpage

Il est maintenant nécessaire de séparer la graine du fruit — c.a.d le café comme on le connaît — de la pulpe du fruit ainsi que du mucilage. La « despulpadora » (la machine sur la photo en dessous) se charge de dépulper le café. On obtient ainsi des grains de café, sous la forme telle qu’on la connait, qui pourront aller directement au séchage. La pulpe est envoyée dans la zone de compostage, elle sera utilisée comme fertilisant organique lors de la saison suivante.

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Oscar règle la dépulpeuse

4. Le séchage et la vente

En général 3 jours dans le sécheur solaire suffisent à obtenir un grain bien sec. Après ce séchage, le café est prêt pour être livré à la coopérative. Le producteur va livrer les sacs de café à la coopérative Cécafé située à Lonya Grande. Le prix auquel il est payé est défini par la qualité de ses grains (peu de « broca » du café, grains de taille réglementaire…) et par le temps depuis lequel il produit en certification biologique (s’il est encore en conversion du conventionnel vers le biologique il sera un peu moins payé).

Au final, en restant 2 semaines chez Oscar nous avons vu de nombreux aspects d’une culture que nous ne connaissions pas du tout. On a apprit à récolter le café, le trier, le dépulper et le sécher. Vivre avec la famille d’Oscar nous a permis de mieux cerner les difficultés auxquelles peuvent être confrontées les membres de la coopérative Cécafé. Les producteurs de la Cécafé produisent exclusivement en biologique et Fair-trade. Cela leur permet de vendre le quintal de café vert à un tarif bien plus élevé (+30% à peu près) que pour un café conventionnel. La difficulté que rencontre la Cécafé, c’est pour exporter toute la production en certifiée. Généralement elle en exporte la moitié en certifiée, et le reste est exporté en tant que café conventionnel, donc pour un prix beaucoup plus faible. Toutefois cette tendance va en diminuant puisque la Cécafé a de plus en plus de clients fidèles qui importent du café certifié Fair-Trade et Biologique.

En espérant que cet article vous a plu, intéressé, apprit quelque chose… La vidéo arrive bientôt.

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2 réflexions au sujet de « C’est du bon café, Coopérative Cecafe, Lonya Grande – Pérou »

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