A la rencontre des petits producteurs de café et cacao, récit d’une aventure équatorienne.

 

A la rencontre des petits producteurs de café et cacao, récit d’une aventure équatorienne.

Alexis Louapre

 

 

 

 

Prologue

 

 

Je vous ai laissé il y a environ deux mois, à la fin de mon étape andine. Depuis, bien des aventures se sont passées. Je vous laisse lire le récit de mon aventure et de mon travail auprès de deux associations de producteurs : l’une de cacao, coco et fruits ; l’autre de café, cacahuètes, manioc et fruits.

 

« Je rêve d’une multitude de jardiniers, chacun soignant, pansant, animant un fragment de la terre commune, pour son bien-être propre et par conséquent celui de la communauté terrestre. » Pierre Rabhi.

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Chapitre 1 – Le choc thermodynamique

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C’est comme si j’avais atterrît dans un autre pays !  Le quinze mars au soir, je quittai Nicolas à Quito, pour la province d’Esmeraldas, sur la côte ouest. Nicolas, c’est l’agronome d’Ethiquable*, l’entreprise de commerce équitable avec qui je vais effectuer mes deux missions, il s’occupe de tous les produits et producteurs de l’Amérique latine. Je parti donc un peu à l’aventure, avec en seul indice un lieu et un numéro de téléphone (c’est un peu comme la carte aux trésors en fait), celui de Vicente, président de la coopérative de cacao organique (il faudrait peut-être dire biologique car on obtient un chocolat labélisé AB). Arrivé à la gare routière, je me préparais pour les 6h de bus qui m’attendaient, me faisant arriver à cinq heures le lendemain matin à Esmeraldas.

Je ne me souviens pas avoir dormi beaucoup, mais pourtant, quand j’ouvris l’œil, je vis tout le monde descendre du bus, nous étions déjà arrivés ! Non, je n’étais pas de retour au Burkina Faso, comme pouvais l’indiqué la chaleur accablante et l’humidité, et un nombre important de personnes a la peau noire. J’avais juste descendu presque trois mille mètres pour me retrouver en bord de mer, climat tropico-océanique, dans la province d’Esmeraldas, caractérisé par une forte présence d’Afro-latino-américain.

Un bus de plus et un coup de fil, j’atteignis le trésor. Vicente m’emmenai a Tonchigue ou je rencontrai Erika et sa famille, et pu profiter de quelques heures de sommeil. Je fus surpris de retrouver un peu de l’Afrique dans cette région : c’est comme si j’avais atterrît dans un autre pays. Un climat très différent de la Sierra, beaucoup de monde et d’animaux dans les rues, des motos circulant sans casque, des pick-up remplis de gens, oui c’est un peu comme au Burkina ! La différence, c’est qu’ici, il y a l’océan. Tonchigue est une petite ville de pécheurs, ou tout le monde se connait, et délaissée par les touristes préférant les plages et bars à cocktails d’Atacames, sa voisine.

Après avoir programmé ma première partie de mission de dix jours avec Vicente et la coopérative FONMSOEAM (Federación de Organizaciones Negras y Mestizas del Sur Occidente de Esmeraldas Atacames Muisne), j’appréciai mon premier bain dans le Pacifique, accompagné de Tom, le fils d’Ericka. Le lendemain, j’étais arrivé dans ma première communauté : Palma Real, accueillit dans la maison de Marilin et Segundo, producteurs de cacao.

Ces premiers jours avec la chaleur de la côte m’ont fatigué, surement du au choc thermodynamique !

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Chapitre 2 – Unité ou diversité

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Un univers exotique ! Avec Marilin et Segundo, nous sommes allés visiter la plantation. La plantation, c’est un système agroforestier associant le cacaoyer, le cocotier, des agrumes (oranger, citronnier, pamplemoussier, mandarinier…), d’autres arbres fruitiers (zapoté, et autres noms qui m’échappent), bananiers et plantains. Par ci et par là, on rencontre aussi des fruits de la passion (mon pécher gourmand), des plants d’ananas, de canne à sucre, des papayers… Un univers exotique !

La gestion de la plantation se fait totalement à la machette : on coupe les jeunes branches qui gênent, on taille, on enlève les cabosses et les feuilles malades, on dégage le sol autour. Pour Ethiquable, ma mission fut de réaliser des petits films sur la coco afin de présenter le produit au consommateur. Segundo et Marilin récoltèrent les noix de coco, vertes et mures. Avec la verte, appelé « pipa », on boit l’eau ! Il y a au moins soixante-quinze centilitres dans chaque, alors il faut avoir très soif pour terminer sa pipa ! Avec la coco mur, on récupère la pulpe pour cuisiner des soupes ou on extrait le lait pour faire des jus, très rafraichissant !

Les deux jours qui suivirent, je suis retourné dans des plantations, afin de continuer mes films sur le cacao et la coco, et remplir quelques fiches terrain pour notre étude avec Les Agro’nautes. Mes repas se constituaient de riz, bouillon, plantain sous différentes formes, avec viande ou poisson ! Le vendredi, je fis le trajet depuis les pâturages de Segundo jusqu’à la maison à dos de cheval, ce qui fut une drôle d’expérience ! Le soir, je profitai de la moto d’un neveu pour aller faire un tour à la plage de Monpiche, à quarante-cinq minutes. Un bon bain me revigora et je pu admirer le coucher du soleil. Malheureusement c’est à ce moment que mon Lumix décida de ne plus fonctionner, de nouveau !

Dans le paysage, les « fincas » de cacao en système agroforestier s’alternent avec des monocultures de palmier à huile. C’est justement sur le chemin du retour qu’un ingénieur agronome me prit en stop. Il travaille pour la production d’huiles végétales biologique et exporte principalement vers les Etats Unis. Comme quoi ces palmiers à huile ne cachent pas que du mauvais.

Je profitai de l’envoi des échantillons de fèves de cacao pour analyse des métaux lourds depuis Atacames pour faire un tour à la plage et ses bar-discothèques, et me balader un peu. Le lendemain, je me mis à la cuisine : toute la famille apprécia la pizza maison, moi le premier !

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Chapitre 3 – Joyeuses Pâques ?

 

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Quoi de mieux qu’un cacao « grand cru » pour célébrer Pâques ?!  Le Camion-container, chargé des trois-cent soixante-deux sacs de fèves de cacao était prêt à exporter. J’accompagnai le convoi : direction le port de Guayaquil à neuf heures d´ici. Fabriqué en Italie, le chocolat fera le plaisir de consommateurs défenseurs du commerce équitable et d’un chocolat aux arômes fins et floraux. La mission fut accomplie, mais finalement peu utile pour mes intérêts. De retour, je me préparai à passer la fin de la semaine sainte dans une autre communauté. En Equateur, le vendredi saint est férié, j’espérai tout de même malgré cette période de fête pouvoir travailler un peu avec les producteurs.

Accueilli par Segundo Castillo, précédent président de la coopérative et dont vous pouvez admirer la photo sur l’emballage des tablettes de chocolat Ethiquable (quatre-vingt pour cent de cacao Grand cru Equateur), je découvris une petite communauté, où en cette semaine sainte le passe-temps était les jeux de cartes et le foot à la télévision ! Je dormis dans la maison de Mariana, Robert et leurs enfants. On m’avait conté des moments festifs, des défilés, de la musique, mais ce vendredi saint ne fut rien de tout ça. J’ai pu profiter du congé de Robert, travaillant dans la pisciculture de crevettes, pour visiter la finca, effectuer une interview, et revenir les bras chargés de mystérieux fruits et d’une botte de plantains. Je profitai de mon temps libre pour continuer mes montages vidéo ou discuter avec les producteurs autour d’une Pilsener bien fraiche !

Heureux d’avoir partagé du temps dans cette communauté aux habitants très accueillants, mais déçu de ne pas avoir découvert une vraie fête de Pâques, je quitte Balsalito et conclue ainsi ma première partie de mission pour Ethiquable. Le soir, je pris le cap vers le sud !

Après une nuit de bus, j’arrivai à Manta, la ville au port gigantesques et aux malodorantes usines de thon. Je pu profiter de l’hospitalité de mon couchsurfer et de la wifi pour échanger quelques skype, et de l’après-midi pour un bon bain dans le Pacifique, et un peu de chocolat quatre-vingt pour cent de cacao, d’une tablette qu’Erika m’offrit. Quoi de mieux qu’un cacao « grand cru » pour célébrer Pâques ?!

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Chapitre 4 – Il va me falloir des bottes !

 

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C’est dans le canton de Pajan que m’attend ma seconde mission, avec ASOPROCAM, Association de producteurs de café et d’arachides bio de Manabí. Après trois heures d’attente (merci l’Afrique de m’avoir appris la patience !), Jimmy arrive enfin. Nous nous rendons vers la communauté, c’est un long et dur trajet qui m’attend. En effet, la saison des pluies et la topographie vallonnée de la région engendre des chemins boueux inaccessibles en voiture durant tout « l’hiver ». C’est donc après quatre heures de marche dans un paysage de forêts, plantations de café et champs de maïs bien pentus et avec mon fidèle sac sur le dos, que j’arrive à la « casa del Jimmy » (Dixit Mahalevona à Madagascar). Je rencontrai ainsi la famille de Jimmy : Marilin sa maman (la seule à cuisiner de tous), son papa Cecilio, le frère Luis, l’oncle Pablo – tous producteurs – sa femme Dolores et les deux fillettes « chiquita » Flore et Veronica. Je rencontrai aussi les chiens, le chat, les poules et les cochons dont s’occupait principalement plantations de café et de plantains derrière la maison. Ils m’installèrent un lit dans le « salon-chambre » ou dormait déjà Luis et Pablo. Quant aux parents, ils dormaient dans la cuisine-salle à manger. Récemment construite, la maison n’avait toujours pas de murs, ni de pièce séparée pour la chambre. En conséquences, Marilin se battaient constamment à chasser les poules et les chiens du lieu de vie !

Jimmy est producteur de café et arachides, vice-président d’ASOPROCAM. Ma mission fut d’assurer avec lui le contrôle interne précédent l’inspection annuelle de l’organisme certificateur. Les productions commercialisées par ASOPROCAM pour Ethiquable, sont certifiées Agriculture Biologique et SPP (symbole petits producteurs). L’association doit ainsi remplir des « fiches producteurs » précisant les surfaces et quantités des produits à certifier, et justifiant la non-utilisation de produits agrochimiques les années antérieures. Cette année, l’objectif était de transporter directement les arachides séchés, décortiqués et triés vers Guayaquil, ainsi que du Manioc épluché, des papayes et des mangues. Le café est quant à lui apporté à une autre coopérative s’occupant du tri et du conditionnement.

Je rencontrai un certain nombre de producteurs, après le premier jour, j’abandonnai vite mes chaussures pleines de boue et gorgée d’eau, lourdes à porter, et continuai pieds nus (Dixit Madagascar). Mais pour sûr, il va me falloir des bottes ! Achat que je fis le week-end suivant ! Après avoir passé la nuit chez un producteur vivant plus prêt de la route, je retournai à la civilisation, indispensable car je devais envoyer mon dossier de candidature pour ma troisième année à Montpellier SupAgro, Institut des Régions Chaudes.

La semaine qui suivit fut consacré à continuer les fiches producteur et organiser la procession des arachides : réalisation d’un Excel visant à répertorier les poids après récolte, après décorticage, après tri…

Le week-end qui suivit fut consacré à l’élaboration d’un gâteau au chocolat et de café. Dans la plantation, on trouve un ou deux cacaoyers, pour la consommation de la famille. N’ayant pas eu l’occasion de le faire à Esmeraldas, je fus content de réaliser la pâte de cacao !

Pour cela, vous aurez besoin :

Environ 500g de fèves de cacao fermentés et séchés (issus de l’Agriculture Biologique)

Une grande poêle et un feu de bois de préférence

Un moulin manuel

1/ Préparer un feu de bois ou un barbecue

2/ Sélectionner les fèves de cacao correctement séchés et de taille identique

3/ Faite torréfier les fèves de cacao à feu vif jusqu’à ce que l’enveloppe des fèves puisse s’enlever facilement. Laisser refroidir une quinzaine de minutes.

4/ Retirer l’enveloppe de chaque fèves et ne pas conserver les fèves brulés.

5/ Mouliner les fèves et récupérer la pâte de cacao.

6/ Malaxer la pâte de cacao avec un ustensile en bois. Former une boule avec la pâte ou l’étaler sur une feuille d’aluminium et laisser sécher.

Vous obtenez un chocolat cent pour cent cacao !!!

 

En plus de cela, Jimmy torréfia du café en prenant soin également d’enlever la pellicule autour du grain, ce qui permet d’obtenir un café non brulé sans aucune cendre. Le café dans cette région, est doux car cultivé en basse altitude (quatre-vingt à cent-vingt mètres). Ça change du Nescafé, un éveil des sens !

Le gâteau au chocolat fut apprécié de tous, accompagné pour certain d’un ti-punch élaboré avec l’alcool artisanale de canne à sucre. La dernière semaine, après une journée pluvieuse et une autre cloué au lit par la grippe, je terminai mon séjour chez Jimmy par la première récolte des arachides de la saison, sur le terrain de Pablo.

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Chapitre 5 – Vers un éveil des consciences

 

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La tourte de maïs la plus grande du monde !  Chez Marilin et Cecilio, la production est largement présente dans l’alimentation : choclo (première récolte du maïs, très doux), plantains et bananes vertes (guinéo), les arachides en pâte (Dixit Burkina Faso) ou fraiche en bouillie, le manioc. On consomme également de nombreux fruits exotiques (papaye, ananas, fruits de la passion…) et agrumes (citron, oranges, mandarines, pamplemousses), du gingembre… Ils se rendent toutes les deux semaines à la ville pour se fournir en riz, sucre, huile…

Dans la province de Manabí, l’agriculture vivrière est fortement présente, les productions sont destinées au marché national : riz, maïs (principalement pour l’alimentation animale), arachides. La région produit énormément de maïs, conventionnel bien entendu. Tellement de maïs qu’on peut apercevoir un épi géant posté à l’entrée de la ville, et les affiches d’un évènement des plus réputée : la tourte de mais la plus grande du monde !

On trouve également une forte présence du café et du cacao et une production particulière : le Roucou ou Achiote. Cet arbre produit des fruits remplies de petites graines colorés. La cire entourant les graines, riches en caroténoïdes, est utilisée pour des colorants alimentaires (E160b qui donne la couleur orange au cheddar et aux huiles pimentés par exemple) et comme teintures ou encore utilisés traditionnellement comme crème solaire et crème anti-moustique naturelles ! Egalement, toutes les familles récoltent les feuilles d’un palmier qu’ils font séchés (Paja Toquilla). C’est avec cette paille que sont fabriqué les chapeaux et chaussures traditionnelles péruviennes.

La majorité des systèmes agroforestiers de café et les plantations de plantains et roucous sont cultivés de façon naturelle, sans intrants chimiques. Les cultures aux cycles courts cependant (riz, maïs, arachides), sont cultivées majoritairement avec utilisation de désherbants, que ça soit pour la consommation ou pour le circuit conventionnel. La proposition d’Ethiquable pour l’achat d’arachides organiques a lancé la culture biologique dans les communautés d’ASOPROCAM. L´avantage est clair : les rendements en biologique et conventionnel sont les mêmes, et malgré un cout supplémentaire du au désherbage manuel (à la machette), quelques producteurs ont été intéressés cette année par la production bio. Le prix est deux fois supérieur que celui payé par un intermédiaire. L’avantage écologique s’ajoute à celui économique. Bien que peu perçu par les agriculteurs, la préservation des ressources naturelles telles que le sol et l’eau est permise par la culture biologique.

Après mes premiers entretiens avec les agriculteurs, une question me vint à l’esprit : que pense la population de la culture bio, et en particulier les jeunes ? L’âge moyen des producteurs d’ASOPROCAM est de cinquante-cinq ans ! Pourquoi ça n’était pas les jeunes qui allait travailler à la machette au lieu d’asperger de pesticides leurs terres ? Où est passé la jeunesse forte de renouveau et diffusant les valeurs d’une agriculture écologique ? Ces jeunes, n’allant pas étudier, suivent en fait bêtement le système ancré dans la région, et n’ont pas conscience qu’il puisse exister un autre type d’agriculture. ASOPROCAM tiens alors entre ses mains un grand défi : celui d’éveiller les consciences. Ça n’est pas seulement une question d’utilisation ou non de produits chimiques, mais un éveil des consciences : comprendre qu’ils ne sont pas des machines à produire, mais des êtres humains, qui respectent la terre et l’homme. Même si cela doit demander plus de travail, ces producteurs méritent un prix rémunérateur pour un produit de qualité et une culture respectant les ressources naturelles. Et c’est tout à leur portée. Je souhaite bon courage à Jimmy pour relever ce beau défi !

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Chapitre 6 – Le choc sismique (et choc thermodynamique bis)

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Je cru faire un malaise ! Après un travail éprouvant, je m’en allai avec Jimmy vers Pajan, afin d’envoyer les documents nécessaires pour l’inspection de l’organisme certificateur. Un autre coup de malchance me tomba dessus : mon ordinateur portable avait rendu l’âme…

Avant de repartir pour ma deuxième partie de mission, je pris le temps de faire un peu de tourisme. Retour dans la Sierra : après une courte nuit à Guayaquil, j’arrivai à Cuenca. Troisième ville de l’Equateur, au centre historique réputée et à la vie nocturne agitée. Je fus accueilli par Patricio, un couchsurfer, qui par tout hasard était producteur de cacao ! En échange de son hospitalité, je lui propose de préparer un gâteau au chocolat avec son cacao.

Cuenca est une ville typique, parsemée de petites maisonnettes colorées. J’y découvris sa cathédrale imposante, ses places ou se partagent musiciens de rue, vendeurs de glaces, touristes et locaux, le parc botanique et archéologique ou l’on peut admirer les perroquets et condors (en cage). La grosse averse gâcha quelque peu la fin d’après-midi, et c’est les vêtements trempés et les bras chargés de courses que je retournai chez Patricio.

Certes, j’étais fatigué de tous ces trajets, de ma journée, mais pas jusqu’à m’évanouir. Alors que je préparai ce délicieux gâteau au chocolat, j’ai cru faire un malaise. Je tanguai un peu comme dans un bateau (Dixit Melissa Express). La famille se précipita dehors et m’invitait à venir voir : c’était en fait le sol qui bougeait, du a un séisme.

Sur le coup, je n’ai pas réalisé qu’un tremblement de terre venait de se produire sur la côte équatorienne. Ayant eu vent des premiers dégâts causés par le séisme a la télévision, nous passions tout de même à table et au menu, ce fut Lasagnes, je ne pouvais rien rêvé de mieux ! L’évènement perturba tout de même la ville : alors que je cherchai un lieu ou boire une bière et jouer au baby-foot, la police passait dans chaque bar et restaurent pour annoncer l’état d’urgence du pays et la fermeture des lieux.

Après ce choc sismique qui n’était pas fini, j’allai vivre un second choc, thermique cette fois-ci. Quittant Cuenca au petit matin, je me rendis vers Riobamba, sur les traces du mythique Chimborazo ! Le sommet le plus haut de toute la cordillère des Andes, culminant à six mille trois cent mètres, est le point sur Terre le plus éloigné du centre de la planète. Arrivant vers les quatre mille mètres, le froid était glacial. Les refuges les plus hauts furent fermés ce soir-là, à cause de l’état d’urgence. Je me rendis donc un peu plus bas, dans une petite communauté. Je rencontrai Tamia, Eduard, Laure et Oscar, quatre catalans de Barcelone ! Après une petite balade entre les vigognes et lamas, Nous passâmes la soirée à discuter autour d’un chocolat chaud et d’alcool de canne à sucre pour se réchauffer. Le lendemain, nous nous rendîmes à l’entrée du parc et commençâmes la marche vers le refuge. L’ascension fut difficile, mais plutôt rapide grâce au GPS d’Eduard qui nous mena au refuge a contre chemin et à travers les nuages. Quatre mille huit cent mètres, nous étions arrivés au premier refuge. Devant rejoindre Quito l’après-midi, je n’eus pas le temps ni la force d’aller au second refuge, à cinq mille cent mètres, altitude maximum qu’il est possible d’atteindre sans guide. C’est alors que je m’apprêtais à redescendre, les nuages commencèrent à partir et je pus apercevoir le sommet enneigé du mont. Merci à Edu pour les photos !

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Chapitre 7 – Enquête exclusive 

 

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#UrgenceSéismeEquateur. Ça n’est que le lundi que je me rendis compte du désastre causé par le séisme, et du nombre important de victimes. Pedernales, ville côtière de pécheur, fut détruite à quatre-vingt-dix pour cent, et Manta gravement touché. Le secteur ou je devais retourner terminer ma mission avec FONMSOEAM devait être atteint également. Je me préparais alors à abandonner mon enquête sur le cacao et la coco pour aider Vicente et FONMSOEAM à évaluer les dégâts dans les communautés.

Après une nouvelle nuit dans le bus, j’arrivai à Tonchigue de nouveau. Nous échangeâmes nos impressions concernant le séisme avec la famille d’Erika puis je me rendis a FONMSOEAM. Le centre de récolte avait subi le tremblement de terre : fissures aux murs, caisses de fermentation gravement abimés, partie du toit effondré. Mais mon travail fut dans les communautés afin de rapporter à Vicente les dégâts. Pendant quatre jours, j’ai visités plus de cent cinquante familles, pris en photos beaucoup de maison, du « un peu déséquilibré », au « complètement détruite » avec beaucoup d’entre deux bien sûr. Ce travail fut éprouvant et difficile de voir tant de familles habitant hors de leur maison. Le plus dur fut mon retour à Balsalito. Le vendredi soir, j’arrivai sur place, j’expliquai à Secundo ma mission, puis me rendis à la maison de Mariana et Robert. Plus rien. A par le petit magasin, et une chambre, tout s’était écroulé. Le lieu où j’eus dormi n’était plus que poussière, tout ayant été nettoyé durant la semaine. En effet, les habitants des communautés ne chômaient pas, seulement quelques jours après l’évènement, je ne pus parfois rien observer des débris, seulement les traces d’une ancienne maison, et juste à côté les fondations d’une nouvelle.

Aussitôt, je me mis à aider Mariana à déplacer les produits de la « tienda » dans la maison d’à côté qui avait mieux résister. De retourna Tonchigue, je devais trier les photos et rentrer chaque nom dans un classeur Excel. Le dimanche, je pris le temps de cuisiner des crêpes pour la famille, ce qui fut un vrai régal !

Le jour suivant, j’envoyai les premières photos à Nicolas, et Sylvain travaillent à Quito pour AVSF* (Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières). A partir de mes observations, nous rédigeâmes un mail avec Vicente pour exprimer les dégâts subit dans les communautés de producteur de cacao, et lancer un appel de solidarité. Le soir même, AVSF publia une campagne de dons* pour aider les producteurs de FONMSOEAM à reconstruire leur maison. Depuis, grâce à la participation d’Equitable et à la générosité des français, quinze mille dollars ont été récoltés, et la campagne continue encore.

Je terminai mes visites des dernières communautés puis me rendit à de Muisne. Quelques producteurs avaient décidé de venir vivre en ville pour l’éducation des enfants, dans des maisons qui n’avaient malheureusement pas résistées au tremblement de terre. Ces familles vivaient alors dans des campements mis en place par les autorités, dans des conditions difficiles. Voici le témoignage de, producteur de cacao ayant perdu sa maison.

« Mon nom est Simon Castillo, je suis l’un des plus touchés par le séisme, ici dans la province d’Esmeraldas. Ma maison était située à Muisne, et mes terres se trouvent dans la communauté d’Agua Clara.

Je passe beaucoup de temps dans mes plantations, et aussi dans la ville où je vis avec ma famille. Nous sommes venus vivre ici pour l’éducation de nos enfants, et nous sommes plusieurs familles de la communauté d’Aguaclara ici, touchées par le tremblement de terre du samedi 16 Avril.

Ma maison a été complètement détruite, effondrée, la mienne et beaucoup d’autres, et nous vivions pratiquement dans la rue sans nulle part où dormir. Maintenant nous sommes dans ce campement, mais les conditions sont difficiles, surtout pour les enfants. Nous sommes exposés à de nombreuses maladies : la pluie est l’un des premiers facteurs […]. Si nous continuons à dormir sur ce site, sans beaucoup d’aides extérieures, il y aura des malades, en particulier chez les enfants. Nous espérons que les maladies graves ne vont pas se multiplier, car il y a le paludisme et la dengue, transmis par les moustiques. En saison des pluies, ces virus peuvent se développer dans cette zone où nous sommes.

Les tentes ne sont pas appropriées pour l’hiver car l’eau pénètre quand il pleut. Nous nous sommes souvent réveillé humides et n’avons pas suffisamment de vêtements pour se changer. Il y a également des problèmes dans la coordination de la distribution des aliments. »

Une fois les témoignages et noms recueillis, je fus visiter ce qu’il restait des maisons. Dans le vieux Muisne, beaucoup de maison n’ont pas résisté mais se trouvaient étonnamment en zone inondable et construites sur pilotis dans un sol sableux.

Lors de mon dernier jour à Tonchigue, je profitai d’une réunion avec mes producteurs de FONSOEAM, pour effectuer un bilan de mon travail, et leur exprimer mon soutien. L’aide devrait arriver bientôt, pour permettre à ces familles de retrouver des conditions l’hébergement décentes. Ethiquable quant à eux, vont tacher de lever des fonds pour envisager la reconstruction de centre de collecte qui risque de s’effondrer si rien est fait.

Cette étape fut difficile, physiquement comme moralement. Tôt le samedi, je quittai Erika et sa famille pour terminer mon aventure équatorienne là où je l’avais commencée.

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Chap 8 – Quito, la fin de l’aventure

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Une immensité urbaine coincée dans la cordillère. Je retrouvai Jonathan à Quito, j’allai passer le weekend end à St Pablito, où j’avais effectué mon premier volontariat avec COAGRO. J’étais content de retrouver tout le monde, dont la famille qui m’avait accueilli un mois. Nous nous rendîmes à Otavalo le samedi soir, et The Red Pub nous régala de ses bières artisanales et mojitos ! Le lendemain fut l’occasion de cuisiner un cake aux bananes. Je restais finalement jusqu’au mardi matin car je fus invité à diner chez Fernando pour l’accueil de Michaela et Paula, deux volontaires canadiennes. Je parti donc pour Quito le mardi, après les derniers adieux sauf pour Jonathan que je retrouverai le jeudi sur Quito.

Quito fut l’occasion de clôturer ma mission avec Ethiquable et de retrouver internet pour donner des nouvelles et faire mon travail pour les Agro’nautes. Je fis le bilan avec Nicolas, qui fut content de mon travail. Il me laissait un pot de confiture de physalis (amour en cage) et deux tablettes de chocolat ! En plus du travail au bureau, j’en profitai pour découvrir Quito. Je fis un tour en ville, au quartier La Mariscal le premier soir et m’introduisais dans un Irish Pub. Quoi de mieux qu’un baby-foot pour faire des rencontres ? Je fus également en hauteur grâce au téléphérique au pied du volcan Pichincha, avec une vue imprenable sur une partie de la ville. Quito vu d’en haut est une immensité urbaine, quarante kilomètre de long du Nord au Sud, coincée dans la cordillère. Je me rendis dans la vieille ville ainsi qu’au parc botanique où j’ai pu observer de belles orchidées, puis je retrouvais Jonathan pour une virée dans un quartier sympa, dans les pentes à l’Est de Quito.

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Epilogue

 

 

 

Ainsi se terminai mon aventure équatorienne, quittant la cordillère pour rejoindre les États-Unis. Durant ces deux missions, j’ai pu découvrir une zone où l’agriculture est fortement présente, caractérisée par des produits « exotiques » majoritairement destinés à l’exportation, mais également au marchés locaux et à la consommation. Ainsi, j’ai pu comprendre, ou du moins en partie, le contexte et les caractéristiques du commerce équitable. Tout ceci est bien sur très complexe, mais une chose est sûre, si vous voulez continuer à boire du jus multi fruits, du café et manger du chocolat, des cacahuètes, de la noix de coco etc., il va falloir continuer à en produire, et le commerce équitable et l’agriculture biologique permettent de répondre, en partie, aux problèmes écologiques et socio-économiques auxquels fait face le monde agricole. Affaire à suivre dans un prochain article.

Me voilà maintenant rendu en Californie, presque dans le désert, à deux pas de la Sierra Nevada, où d’autres aventures m’attendent. Une chose est sûre, les Etats-Unis ont du progrès à faire en terme d’agriculture durable, mais chaque initiative est un grand pas vers l’agriculture de DEMAIN.

« C’est dans les utopies d’aujourd’hui que se trouvent les solutions de demain. » Pierre Rabhi.

 

 

 

 

*Références

 

Pierre Rabhi, recueil de citations. La puissance de la modération. Ed. Fragments.

 

AVSF est une association à but non lucratif française de soutien à l’agriculture paysanne.

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2 réflexions au sujet de « A la rencontre des petits producteurs de café et cacao, récit d’une aventure équatorienne. »

  • superbe synthèse complète alliant pratiques expérimentales et références philosophiques;
    intéressant ,plein d’espoir pour l »avenir de l’agriculture;
    bonne continuation.
    Agnès

  • Bonjour,
    Nous sommes une famille francaise, on vit a Cuenca et on aimerait visiter une exploitation de Cacao comme celle que vous avez vu,….Pouvez vous nous donner le contact ????

    Merci d’avance,

    Geraldine Dorin

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