Exemple d’agriculture familiale Campesina au Paraguay

Projet de césure mené par Audrey Naulleau

Septembre 2015 – Août 2016

En collaboration avec l’ONG CEPAG

Présentation

Étudiante élève ingénieur à Montpellier SupAgro, je profite de mon année de césure pour effectuer un volontariat d’une durée de 1 an au Paraguay. Je travaille au sein d’une ONG locale dénommé le CEPAG. J’y travaille comme ingénieur agronome dans la zone de Yasy Cany, Canindeyu. Accompagnée d’un ingénieur agronome, d’un ingénieur en agro-écologie et d’une éducatrice, nous travaillons sur un projet d’une durée de 2 ans de « Dynamisation de l’économie rurale de trois communautés du distrito de Yasy Cany » financé par l’AECID (Agencia Española de Cooperación Internacional para el Desarrollo) en partenariat avec Entreculturas.
En travaillant au quotidien au contact des familles campesino, j’ai eu envie de témoigner plus largement sur la situation de ces petits producteurs qui se battent chaque jour pour faire valoir leur vision de l’agriculture, dans ce pays 4ème exportateur de soja. C’est pourquoi, je saisis l’opportunité que m’offre « Les Agro’nautes » de participer à ce projet de vulgarisation de l’agriculture durable.

La situation Campesina au Paraguay

2/3 de la population du Paraguay vit en zone rurale et 20% du PIB est généré par l’activité agricole (FAO, 2014). C’est donc un pays doté d’un secteur agricole fort. Située en zone subtropicale, les conditions climatiques sont, du moins sur la moitié ouest du pays, idéale pour assurer une forte productivité de biomasse.
Cependant, le plus frappant en arrivant au Paraguay, ce sont ces deux mondes opposés qui se côtoient. D’un côté, les grands propriétaires terriens, souvent venus de l’étranger qui profitent d’une politique gouvernementale en leur faveur. Plus de 90% des surfaces cultivées au Paraguay appartient à moins de 2% de la population. Ces grandes étendues sont utilisées pour produire le soja destiné à l’exportation et les richesses générées par cette activité n’ont que très peu d’incidence sur l’amélioration des conditions de vie des populations locales. De l’autre côté se trouvent les familles campesinos qui pratiquent pour la plupart une agriculture familiale de subsidence avec la vente des excédents. Cependant, le manque d’infrastructure et les faibles revenus provoquent un fort exode rural, renforçant ainsi les inégalités.

Le Centro de Estudios Paraguayos Antonio Guasch

El CEPAG a été fondé en 1967. C’est une ONG fondée par les jésuites, dédiée à la recherche, l’éducation et l’action sociale pour promouvoir la justice et le dialogue interculturel. Elle contribue à la recherche d’expériences alternatives et la diffusion du développement rural durable. Les domaines d’intervention du CEPAG concernent les populations les plus pauvres. Le CEPAG est présent dans 5 départements du Paraguay (Misiones, Caazapa, Guaira, San Pedro, Canindeyu), collaborant ainsi avec plus de 25 000 familles.

Le projet mené à Yasy Cany

En juin 2015, a été initié le projet de « Dynamisation de l’économie rurale de 3 communautés dans la zone de Yasy Cañy » dont les financements proviennent de l’AECID. L’objectif est d’accompagner 406 familles à élever leurs conditions de vie. Le projet s’articule autour de 3 axes principaux : renforcement de la production campesina, amélioration du niveau de commercialisation et renforcement des organisations. Nous portons une attention plus particulière à ce dernier point de renforcement des organisations, afin qu’une fois le projet terminé, les dynamiques engagées perdurent.
Les interventions concrètes de l’équipe de travail consiste à :

  • L’accompagnement technique au sein des exploitations familiales
  • La promotion de l’agriculture agroécologique
  • La mise en place de formation technique pour les jeunes
  • La promotion de micro-entreprises familiale ou communautaire
  • La sensibilisation à l’importance de la planification de la production
  • L’appui à l’organisation d’une feria campesina agro écologique
  • L’accompagnement à la création d’une association de producteur
  • L’appui aux organisations (comité de producteur, groupe de travail, coopérative, radio communautaire, …)

Lien avec Les Agro’nautes

Au sein de mon travail, je suis très souvent amenée à visiter les familles. J’ai déjà pu observer de très beaux exemples de pratiques agro-écologiques que ce soit au sein des « huertas » (=potagers maraichers) ou bien au champ. Fabrication de fertilisants, d’insecticides naturelles, association de culture, utilisation des plantes médicinales… Mais c’est en discutant avec ces familles que j’ai pu en apprendre le plus sur leur vision de l’agriculture durable. Chaque jour, toute la famille construit et innove pour pouvoir encore produire demain. On retrouve ici des systèmes pauvres en investissement initial, qui s’appuie sur les ressources déjà présentes dans la nature, des systèmes qui se diversifient pour générer une alimentation équilibrée à la famille. Le niveau d’organisation reste encore faible mais déjà on note une différence dans les discours des familles qui voient en cette possibilité de s’organiser un moyen d’augmenter son incidence sociopolitique.
Après seulement deux mois de mission, j’ai déjà appris tellement de ces rencontres qu’il me semble important de partager tout cela. Ce que je propose aux Agro’nautes est une approche plus sociale de l’agriculture durable en répondant à la question : « Comment l’organisation des producteurs permet de renforcer la durabilité de leurs systèmes de production ? ». Je pourrais alors détailler les expériences associatives présentes dans la zone (coopérative de lait, association de producteurs, feria…). Les témoignages des membres de ces associations pourront nous éclairer sur l’intérêt de ces organisations ainsi que leur intégration dans le paysage sociopolitique. Un point sur les forces et les difficultés d’organiser un groupe pourra être développé avec un ou plusieurs membres des commissions directives de ces associations.

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